En résumé : En 2024, les produits par 100 l de lait produit augmentent légèrement et atteignent 70 €/100 l de lait. Parallèlement, les charges augmentent. De ce fait, le ratio entre les produits et les charges reste inférieur à 1, ce qui signifie que l’exploitation spécialisée en bovins laitiers n’a pas, en moyenne pour l’année 2024, les produits en suffisance pour couvrir l’ensemble des charges réelles et calculées. Les exploitations les plus performantes au niveau du revenu se distinguent par des charges de structure et de main d’œuvre par volume de lait produit nettement plus faibles.
Produits
Les produits d’une exploitation contiennent la valorisation des productions et des services agricoles, les recettes des autres activités lucratives, les régularisations et également les aides. La valorisation des productions englobe les ventes mais également la valorisation des stocks (cultures ou animaux) et de l’intra-consommation.
Pour l’année 2024, la somme des produits, aides comprises, de l’exploitation spécialisée en bovins laitiers atteint une valeur de 70,0 €/100 l de lait. Parmi ces produits se distingue entre autres :
- Les produits des herbivores et des cultures fourragères avec 55,8 €/100 l de lait (80 % de l’ensemble des produits) dont 49,9 € provenant spécifiquement de la valorisation du lait (71 % de l’ensemble des produits).
- Les aides qui évoluent à la hausse pour ces exploitations et atteignent 7,2 €/100 l de lait en 2024.
- Les cultures commerçables, peu importantes dans ce profil d’exploitation, qui génèrent un produit de 3,0 €/100 l de lait.
- Le solde provient des quelques activités autres que les herbivores et les cultures commerçable ainsi que des produits divers et des régularisations pour un montant de 4,1 €/100 l de lait.
Exprimé par vache laitière, le total des produits atteint une valeur de 4 656 €/vache laitière dont 3 321 € de produit du lait. Ramené par ha de SAU, ce total de produit atteint 4 579 €/ha de SAU dont 3 648 € provenant des herbivores et cultures fourragères et 468 €/ha des aides.
Le niveau de production de ces exploitations spécialisées en bovins laitiers est de 6 650 l/vache laitière ou de 6 540 l/ha de SAU.
Evolution des produits de l’exploitation wallonne spécialisée en bovins laitiers par 100 l de lait
Durant la dernière décennie, après la crise laitière de 2009, l’ensemble des produits a enregistré une hausse pour dépasser 55 €/100 l de lait en 2013 avant de s’effondrer en 2015 et 2016. La situation se redresse ensuite progressivement pour passer par un pic en 2022 avant d’arriver à la valeur actuelle. L’évolution des produits est naturellement corrélée à celle du prix du lait qui en est la composante principale. En 2022, les inquiétudes avec le conflit en Ukraine et la légère baisse de production européenne se sont traduites par une explosion du prix.
Durant la dernière décennie, après la crise laitière de 2009, l’ensemble des produits a enregistré une hausse pour dépasser 55 €/100 l de lait en 2013 avant de s’effondrer en 2015 et 2016. La situation se redresse ensuite progressivement pour passer par un pic en 2022 avant d’arriver à la valeur actuelle. L’évolution des produits est naturellement corrélée à celle du prix du lait qui en est la composante principale. En 2022, les inquiétudes avec le conflit en Ukraine et la légère baisse de production européenne se sont traduites par une explosion du prix.
Charges
Au sein des charges d’une exploitation se distinguent les charges opérationnelles affectées directement liées à une activité (aliments, frais de cheptel, semences, engrais, produits phytosanitaires, travaux par tiers) et les charges de structure intégrant les dépenses réelles (fermages, assurances, frais d’entretien, frais généraux, main-d’œuvre salariée, …) et calculées (amortissements comptables, intérêts sur l’actif). Enfin, le dernier élément est la rémunération (calculée) de la main-d’œuvre non salariée (familiale).
En 2024, le total des charges de l’exploitation spécialisée en bovins laitiers s’élève à 74,0 €/100 l de lait qui se répartissent comme suit :
- Les charges opérationnelles affectées pour 35 % du total des charges
- Les charges de structure avec une part de 38 %
- La rémunération du travail familial (non salarié) soit 28 % restant.
Depuis 2021, les charges augmentent et sont aujourd’hui nettement supérieures à la moyenne des dix années précédentes de 62,0 €/100 l de lait.
Les charges de structure et de main-d’œuvre familiale sont plus constantes que les charges opérationnelles affectées, même si une hausse est observée ces dernières années. Les charges de main-d’œuvre familiale oscillent entre 18 et 20,5 €/100 l de lait pour ces quelques dernières années, malgré la hausse du coût horaire de la main-d’œuvre. Cela traduit une augmentation de l’efficacité de la main-d’œuvre.
Exprimées par vache, les charges totales atteignent, en 2024, 4 923 €/vache. C’est 20 % en plus que la moyenne des dix années précédentes qui est de 4 089 €/vache. Par ha de SAU, le total des charges est de 4 841 €, soit environ 16 % en plus que la moyenne des dix années précédentes qui est de 4 191 €.
Evolution des charges de l’exploitation wallonne spécialisée en bovins laitiers par 100 l de lait
Le total de ces charges montre une évolution globale à la hausse jusqu’en 2013-2014 avant de présenter une légère tendance baissière, due essentiellement à une réduction des charges opérationnelles affectées. A partir de 2021, les charges augmentent à nouveau notamment suit au conflit russo-ukrainien.
Le total de ces charges montre une évolution globale à la hausse jusqu’en 2013-2014 avant de présenter une légère tendance baissière, due essentiellement à une réduction des charges opérationnelles affectées. A partir de 2021, les charges augmentent à nouveau notamment suit au conflit russo-ukrainien.
- Les charges opérationnelles affectées
En 2024, les charges opérationnelles affectées s’élèvent à 25,7 €/100 l de lait dont 14,5 € pour l’alimentation des bovins. Alors qu’entre 2015 et 2020, le niveau des charges opérationnelles affectées était en moyenne proche de 20 €/100 l de lait, une hausse sensible depuis 2022, essentiellement liée à une augmentation des charges d’alimentation des bovins, est observée.
Pour les cultures, essentiellement fourragères et avec une proportion élevée de prairies, les charges opérationnelles affectées ne sont pas le poste le plus important et représentent 3,2 €/100 l de lait.
L’exploitation spécialisée en bovins laitiers fait régulièrement appel à des tiers pour les travaux agricoles et dépense 4,0 €/100 l de lait ou 262 €/ha de SAU en travaux par tiers affectés. Cela répond à un problème de rentabilité de certains matériels à l’échelle d’une exploitation mais également à un besoin de main-d’œuvre extérieure pour la réalisation de certains travaux. La hausse observée depuis 2023 s’explique sans doute par les conditions météorologiques favorables à la pousse de l’herbe et donc à une hausse des coupes ainsi qu’à des tarifs des entreprises agricoles plus élevés.
Les charges opérationnelles affectées par vache s'élèvent à 1 708 €. Parmi ces charges, les frais d’alimentation complémentaire du cheptel, c'est-à-dire les aliments ne provenant pas des cultures fourragères de l’exploitation, représentent la part principale avec 1 001 €/vache. Les frais de cheptel atteignent 224 €/vache dont 104 €/vache spécifiquement pour les frais vétérinaires.
Les montants liés aux engrais minéraux, aux semences et aux produits de protection phytosanitaires sont respectivement de 107, 66 et 38 €/ha de SAU.
- Charges de structure
Les charges de structure sont relativement stables, bien qu’elles aient augmenté depuis 2020, et atteignent 27,9 €/100 l en 2024. Elles regroupent les dépenses liées à l’usage du foncier, au matériel, aux frais généraux et à la main-d’œuvre salariée, incluant à la fois des coûts réels et des charges calculées. La structure des charges se divise en trois grands postes :
- Les charges de matériel représentent 12,4 €/100 l de lait, soit 44 % des charges de structure pour 2024. La hausse est bien présente, ce poste était proche de 9 €/100 l de lait avant 2021.
- Les exploitants réalisent une part des travaux avec leur propre matériel et en confient une part à des tiers. Les charges de matériel de l’exploitation doivent donc être mises en relation avec le recours à des tiers pour les travaux agricoles (affectés et non affectés). La somme de ces deux types de charges donne une valeur de 16,7 €/100 l de lait (1 093 €/ha de SAU) pour 2024. Les variations annuelles sont notamment liées à la fluctuation du prix de l’énergie qui impacte directement les dépenses en combustibles de l’exploitation, et influence les tarifs de leurs prestataires de service, notamment les entrepreneurs de travaux agricoles.
- Avec 9,7 €/100 l de lait en 2024, les charges liées au foncier (amortissements, intérêts, entretien, location et assurances des biens fonciers) représentent 35 % des charges de structure.
- Fermages réels : 2,7 €/100 l de lait (174 €/ha de SAU), correspondant aux loyers versés pour les terres exploitées.
- Fermage calculé sur les terres en propriété pour simuler un coût d’opportunité : 0,7 €/100 l de lait (48 €/ha de SAU).
- Amortissements des bâtiments et améliorations foncières : 3,6 €/100 l de lait, traduisant l’usure des infrastructures agricoles.
- Intérêts calculés sur les actifs : 1,8 €/100 l de lait, représentant le coût théorique du capital immobilisé.
- Frais fonciers divers : 0,9 €/100 l de lait, incluant les assurances, l’entretien du foncier et les frais annexes.
- Les autres types de charges, de 5,8 €/100 l de lait, intègrent essentiellement les frais généraux, les énergies non affectées, les intérêts sur le capital circulant et les salariés.
- Salaires versés : 1,2 €/100 l de lait. Valeur en hausse continue liée à l’augmentation progressive de travail salarié et de l’augmentation des salaires
- Énergies non affectées, eau, frais généraux : 3,3 €/100 l de lait.
- Intérêts sur cheptel et capital circulant : 1,3 €/100 l de lait.
Evolution des charges de structure de l’exploitation wallonne spécialisée en bovins laitiers par 100 l de lait
Evolution des charges de structure de l’exploitation wallonne spécialisée en bovins laitiers par 100 l de lait
Les charges de structure sont restées relativement stables de 2013 à 2019. Si certains éléments augmentaient progressivement, d’autres se sont réduits tels que par exemple, la suppression des amortissements des quotas laitiers. L’année 2020 à même profité d’une baisse de l’énergie. Toutefois depuis 2021, la hausse est continue notamment à cause des charges de mécanisation.
Les charges de structure sont restées relativement stables de 2013 à 2019. Si certains éléments augmentaient progressivement, d’autres se sont réduits tels que par exemple, la suppression des amortissements des quotas laitiers. L’année 2020 à même profité d’une baisse de l’énergie. Toutefois depuis 2021, la hausse est continue notamment à cause des charges de mécanisation.
Produits vs charges
Pour comparer le total des produits et des charges de l’exploitation, on peut analyser la valeur des produits par 1 000 € de charges. Ces produits intègrent le solde TVA pour les exploitants qui ne sont pas dans le système TVA normal et les quelques rares produits hors solde. Si la valeur obtenue est inférieure à 1 000 €, cela signifie que les produits de l’exploitation sont insuffisants pour rémunérer l’ensemble des facteurs de production, y compris de la main-d’œuvre familiale et de l’ensemble du capital (en considérant un fermage sur la totalité de la SAU et un intérêt sur le capital).
En 2024, l’exploitation spécialisée en bovins laitiers a engrangé 944 € de produits pour 1 000 € de charges. En d’autres mots, l’exploitation spécialisée en bovins laitiers n’a pas, en moyenne, été en mesure de couvrir l’ensemble de ses charges réelles et calculées. C’est un peu mieux que la moyenne des dix années précédentes qui indique 878 € de produits par 1 000 € de charges. Si la situation s’était dégradée de 2014 à 2016, le ratio s’était amélioré jusqu’en 2021 avant d’arriver en 2022 avec un niveau de produits supérieur à celui des charges.
Selon les performances
Classement des exploitations selon leur niveau de performance
Cette section se concentre sur un échantillon d’exploitations conventionnelles très spécialisées en production de bovins laitiers, réparties en trois groupes selon leur niveau de performance pour le revenu du travail par unité de travail : faible, moyenne et élevée. Cet échantillon d’analyse de groupes de performance diffère de l’exploitation type spécialisée en bovins laitiers par son mode de production et les seuils de sélection mais aussi par le fait qu’une simple moyenne arithmétique des valeurs individuelles est réalisée sans pondérer en fonction de leur représentativité. Les exploitations ainsi sélectionnées ont une superficie moyenne de 84,1 ha pour 99 vaches laitières avec un rendement laitier de 7 072 l/vache. Elles sont donc en moyenne un peu plus grande que l’exploitation type spécialisée en bovins laitiers et avec une production par vache un peu supérieure.
- Produits
Les produits totaux par 100 l de lait restent très proches entre les différents groupes de performance, avec des valeurs comprises entre 61,8 et 63,1 €. En se limitant aux produits des bovins et des cultures fourragères ou uniquement aux produits laitiers, l’écart se creuse légèrement pour atteindre 3,7 €/100 l.
Le groupe le plus performant se distingue par une production moyenne de 8 249 l/vache et un total des produits de 5 098 €/ vache. À l’inverse, le groupe le moins performant affiche un rendement laitier de 5 577 l/vache et un produit de seulement 3 463 €/vache.
Les exploitations les plus performantes présentent également une charge en bovins par unité de surface fourragère plus élevée, avec 1,3 vache/hectare contre 1,1 vache/hectare pour le groupe le moins performant. En tenant compte des besoins alimentaires plus importants des vaches les plus productives, la charge exprimée en UGB alimentaires par hectare atteint 2,9 pour le groupe le plus performant, contre 2,2 pour le groupe le moins performant.
Concernant la gestion du troupeau, l’âge au premier vêlage des primipares est de 28 mois chez les plus performants, soit 5 mois plus tôt que chez les moins performants où il atteint 33 mois. Le groupe le plus performant réforme ses vaches plus rapidement, tandis que l’intervalle inter-vêlages reste similaire entre les groupes, autour de 425 jours, stable depuis plus de dix ans.
- Charges
Les exploitations les plus performantes affichent des charges totales, incluant le travail familial, de 52,7 €/100 l de lait, contre 82,3 €/100 l pour les moins performantes. Les charges opérationnelles affectées sont légèrement plus faibles chez les exploitations les plus performantes, avec un écart d’environ 2,2 €/100 l, ce qui reste limité. Ces exploitations dépensent un peu moins pour les aliments complémentaires et les concentrés. Les différences les plus marquées concernent les charges de structure non affectées et le coût du travail familial.
Les charges non affectées, hors main-d’œuvre familiale, atteignent 38,9 €/100 l chez les moins performants, contre 22,5 €/100 l chez les plus performants. Pour la main-d’œuvre familiale, l’écart est également significatif : 23,2 €/100 l chez les moins performants contre 12,2 €/100 l chez les plus performants.
Les charges totales par vache sont plus faibles dans les exploitations les plus performantes, principalement grâce à une meilleure efficacité de la main-d’œuvre familiale, dont le coût est inférieur d’environ 300 €/vache par rapport aux exploitations moins performantes. Hors charges salariales, les dépenses par vache sont similaires mais réparties différemment : les exploitations les plus performantes consacrent environ 350 €/vache supplémentaires aux charges opérationnelles affectées, notamment pour les aliments complémentaires, mais économisent environ 320 €/vache sur les charges non affectées hors main-d’œuvre familiale. Cette optimisation résulte d’une gestion plus efficace des charges foncières et du matériel.