Cette fiche analyse les facteurs influençant la marge brute des betteraves sucrières, et ce, pour l’ensemble des producteurs, en agriculture conventionnelle, du réseau comptable de la Direction de l’Analyse économique agricole [DAEA] ayant au moins 1 ha de cette culture. Elle présente ces éléments constituant la marge brute : les produits et les charges opérationnelles affectées à cette culture, sur l’ensemble du territoire, au sein des régions agricoles et de la zone orientée « grandes cultures ».

La betterave sucrière, malgré un net recul au cours des 30 dernières années, est cultivée dans 30 % des exploitations wallonnes. Il s'agit principalement d'exploitations spécialisées en grandes cultures. Dans un contexte de marché du sucre très concurrentiel et de fin de quota de production en 2017, le prix obtenu pour les betteraves sucrières montre une descente régulière depuis 2012.

Avec un peu plus de 38 000 ha, la culture de betteraves sucrières est sur la troisième marche du podium des grandes cultures derrière le froment et la pomme de terre

En 2020, la superficie en betteraves sucrières atteint 38 045 ha. Cette culture se retrouve dans l’assolement de près de 30% des exploitations wallonnes et y occupe en moyenne 10 ha. Depuis 1990, les superficies semées en betteraves sucrières ont diminué de pratiquement 50 %.

- Les exploitations spécialisées en grandes cultures gèrent presque 65% de la superficie en betteraves sucrières

L’analyse des facteurs sur base des orientations technico-économiques [OTE] n’est effectuée que pour les exploitations dites professionnelles, c'est-à-dire dont la production brute standard totale est supérieure à 25 000 euros. Ces dernières couvrent 98 % de la superficie agricole utile [SAU] wallonne.

La culture de betteraves sucrières est presque exclusivement gérée par des exploitations professionnelles qui totalisent 37 824 ha répartis entre 3 701 exploitations. Les exploitations professionnelles spécialisées en grandes cultures et celles combinant cultures et bovins totalisent, ensemble, plus de 85 % de la SAU emblavée en betteraves sucrières. Ces exploitants représentent 78 % des producteurs. A contrario, les exploitations spécialisées en élevage de bovins (laitiers ou viandeux) ou celles combinant les deux, ne représentent que 16,5 % des cultivateurs pour moins de 10 % de la SAU emblavée par cette culture, avec environ 6 ha par exploitation.

Répartition des superficies de culture de betterave sucrière des exploitations professionnelles selon l'OTE en 2020

Nombre d'exploitations professionnelles produisant de la betterave sucrière et superficies moyennes consacrées à cette culture selon l'OTE en 2020

 

- La culture de betteraves sucrières se trouve majoritairement en zone « grandes cultures »

Subdivision en « super-région » 

Pour analyser l’influence des régions agricoles sur les cultures commerçables, on distingue trois « super- régions » que l’on suppose suffisamment homogènes sur le plan des techniques culturales et des résultats. Premièrement, la zone « grandes cultures » regroupant les régions limoneuse et sablo-limoneuse ainsi que la Campine hennuyère. C’est dans ces régions que les cultures commerçables sont les plus fréquentes et que l’on retrouve le plus d’exploitations spécialisées en grandes cultures. Deuxièmement, la zone « herbagère » composée des régions agricoles : région herbagère liégeoise, Fagnes, Famenne, région jurassique, Ardenne et Haute Ardenne. Ces régions sont plus spécialisées en élevage, surtout bovin, et le pourcentage de prairies y est important. Finalement, la zone « Condroz » qui est une région agricole intermédiaire. Cette subdivision de la Wallonie est réalisée pour obtenir un effectif suffisant pour comparer les zones entre elles et pour réaliser des analyses de classe de performance au sein d’une zone donnée (essentiellement la zone « grandes cultures »).

 

81 % des producteurs de betteraves sucrières sont regroupés au sein de la zone « grandes cultures » et cultivent presque 80 % de la SAU consacrée à cette culture. Ils affectent, en moyenne, 9,8 ha de leur SAU. Environ 55 % des agriculteurs de la zone « grandes cultures » cultivent de la betterave sucrière.

On retrouve 19 % de la superficie emblavée en betteraves sucrières dans le Condroz. Les « betteraviers » de cette région y consacrent, en moyenne, 11,6 ha de leur SAU.

La culture de betteraves sucrières est anecdotique en zone herbagère.

Répartition des superficies de culture de betterave sucrière selon la super-région en 2020

Nombre d'exploitations produisant de la betterave sucrière et superficies moyennes consacrées à cette culture selon la super-région en 2020

 

Dans la continuité des années précédentes, 2020 se caractérise par un rendement correct, compte tenu de la canicule, mais avec un prix toujours aussi bas

En 2020, le rendement de la culture de betteraves sucrières s’établit à 86 535 kg/ha, soit un niveau un peu supérieur à la moyenne des dix années antérieures (80 700 kg/ha), malgré des conditions très sèches durant la saison culturale. Ce rendement progresse, en moyenne, d’environ 1 250 kg/ha chaque année, avec des variations exceptionnelles telles qu’observées en 2016 ou 2017. Cette évolution est notamment le fruit de la sélection variétale et de la maîtrise technique des cultivateurs.

Particularité de la culture de la betterave sucrière au niveau de l'analyse économique

Signalons que pour les années antérieures à 2020, le prix de vente considéré prend en compte les corrections éventuelles, positives ou négatives, liées aux exercices comptables précédents. Ces corrections sont consécutives à la période de clôture des comptabilités. En effet, à cette période, toutes les informations concernant la valorisation des betteraves sucrières de l'exercice ne sont pas encore transmises par la sucrerie. Nous calculons alors une correction lors de l'exercice suivant en fonction du décompte final reçu par le producteur. Ainsi, par exemple en 2013, une correction de près de 500 €/ha a été appliquée aux valeurs calculées pour la récolte 2012. 

Le prix final de 2020 pour la betterave sucrière sera connu lorsque les clôtures des comptabilités 2021 seront réalisées. Pour cette raison, les graphiques des prix, des produits et de marge brute sont mis en trait discontinu pour l'année 2020 et sont donc des valeurs provisoires, apportées à titre d'information. C'est pour cette raison que les différents indicateurs de rentabilité pour la culture de betteraves sucrières sont analysés pour l'année 2019.

 

A l’inverse du rendement, le prix de vente de la betterave sucrière, fortement lié à celui du sucre sur le marché mondial, descend régulièrement depuis 2012 pour atteindre en 2020, une valeur (provisoire) de 25,06 €/tonne alors qu’il dépassait la valeur de 40 €/tonne entre 2011 et 2013.  

Evolution du rendement de la culture de betterave sucrière et du prix de vente de sa racine

 

- Le différentiel entre le Condroz et la zone « grandes cultures » se marque au niveau du rendement et au niveau du prix

En 2019, la différence observée au niveau du rendement entre ces deux super-régions est supérieure à 10 tonnes/ha. En outre, la richesse des betteraves sucrières de la zone « grandes cultures » étant légèrement supérieure, elle permet, de ce fait, aux producteurs d’obtenir un prix de vente un peu plus élevé, de l’ordre de 2 €/tonne. En 2020, le rendement moyen de la culture de des betteraves sucrières pour les producteurs dans le Condroz est de l’ordre de 77 500 kg/ha alors qu’il monte à 88 900 kg/ha pour la zone « grandes cultures ».

Etant donné la quasi-absence de culture de betteraves sucrières dans la zone herbagère, il est impossible d’y calculer une moyenne représentative.

En 2019, si l’on compare les cultivateurs de la zone « grandes cultures » au niveau de leur performance dans l’obtention d’une marge brute élevée, on observe que les producteurs les plus performants, c’est-à-dire les agriculteurs constituant le quartile supérieur, atteignent des rendements de plus de 89 600 kg/ha, valorisés à un prix de 32,9 €/tonne. A l’opposé, les moins performants plafonnent avec un rendement de moins de 81 700 kg/ha qu’ils valorisent à seulement 25,6 €/tonne. On peut déjà signaler que les écarts de rendement entre les classes de performance sont plus élevés en 2020, indiquant une hétérogénéité plus importante probablement liée à la sècheresse printanière.

Rendement de la culture de betterave sucrière et prix de vente de sa racine selon la super-région en 2019 et en 2020

Rendement de la culture de betterave sucrière et prix de vente de sa racine de la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2019

 

De 2012 à 2019, le produit des betteraves sucrières a perdu 39 %, et 2020 ne semble pas meilleur

En 2019, le produit de la culture de betteraves sucrières s’établit à 2 431 €/ha. La moyenne de la décennie précédente est de 2 854 €/ha, et est passé par des maximums en 2011 et 2012 avec des valeurs supérieures à 3 700 €/ha. Si les rendements progressent lentement au fil des années, ils ne compensent pas la chute de prix observée durant cette décennie.

En 2020, le produit provisoire de la culture de betteraves sucrières s’établit à 2 173 €/ha.

Evolution du produit (principal) de la culture de betterave sucrière

 

- Les producteurs les moins performants de la zone « grandes cultures » ont des produits similaires aux producteurs condruziens

La comparaison entre les producteurs situés dans la zone « grandes cultures » et ceux du Condroz révèle un différentiel de 540 €/ha de produits pour la culture de betteraves sucrières en 2019. Le total des produits atteint 1 990 €/ha dans le Condroz et dépasse 2 530 €/ha dans la zone « grandes cultures ». Les données provisoires de 2020 montrent un différentiel de l’ordre de 440 €/ha.

Si l’on compare les performances des « betteraviers » au sein de la zone « grandes cultures », on relève un différentiel de produit de 860 €/ha entre les groupes extrêmes. Ainsi, les producteurs les moins performants, avec un rendement plus faible, se contentent d’un produit de 2 090 €/ha alors que les plus performants obtiennent un produit de 2 950 €/ha. Les producteurs les moins performants de la zone « grandes cultures » obtiennent un produit à peine supérieur à la moyenne des agriculteurs condruziens. Les résultats provisoires de 2020 montrent des écarts encore un peu plus marqués entre les groupes de performances.

Produit (principal) de la culture de betterave sucrière selon la super-région en 2019

Produit (principal) de la culture de betterave sucrière de la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2019

 

Le total des charges opérationnelles affectées est resté très stable au cours de la décennie

En 2019, les charges opérationnelles affectées, hors travaux par tiers, pour la culture de betteraves sucrières s’élèvent à 875 €/ha, très proches de la moyenne de 2010 à 2018 de 862 €/ha. En 2020, elles s’élèvent à 883 €/ha. Ces charges opérationnelles affectées avaient augmenté de 2010 à 2013, pour ensuite, se stabiliser entre 850 à un peu plus de 900 €/ha. Les charges en pesticides sont le poste le plus important en 2019 et représentent environ 35%, suivi par les achats de semences avec 33% et enfin d’engrais avec 31%.

La valeur de ces diverses charges a évolué différemment dans le temps, et a donc influencé leur importance relative. Ainsi en 2010, les charges en semence et engrais étaient pratiquement équivalentes et nettement supérieures aux achats de pesticides qui ne représentaient alors que 28% des charges opérationnelles affectées (hors travaux par tiers). Le coût des semences a augmenté de façon lente et continue lors de la dernière décennie, alors que celui des pesticides a connu 2 fortes augmentations, au début de la décennie et en 2020 après une période de stabilisation. Les engrais ont aussi enregistré une forte hausse au début des années 2010, compensée par baisse constante depuis 2013.La culture de betteraves est une tête de rotation et est relativement exigeante en fertilisation, notamment potassique. L’achat d’engrais est de 273 €/ha en 2019. Ce poste n’a pas présenté d’évolution grâce aux prix des fertilisants resté constant. La fertilisation azotée pour les betteraves est de l’ordre de 135 unités/ha au cours des dix dernières années. Les apports de phosphore sont de l’ordre de 35 unités/ha et ceux de potassium atteignent 145 unités/ha.

A titre informatif, le montant dépensé pour les travaux par tiers était de 339 €/ha, en légère baisse par rapport à la moyenne de 2010 à 2018 qui est de 365 €/ha.

Evolution des charges opérationnelles affectées à la culture de betterave sucrière

 

- Les producteurs les plus performants au sein de la zone "grandes cultures" ont des charges plus élevées

En 2019, le montant des charges opérationnelles affectées de la culture de betteraves sucrières des producteurs condruziens et celui des producteurs de la zone « grandes cultures » ne présentent pas de différence significative.

Par contre, au sein de la zone « grandes cultures », les agriculteurs les plus performants dépensent environ 90 €/ha en moins pour les charges opérationnelles affectées, hors travaux par tiers, que les moins performants.

Charges opérationnelles affectées à la culture de betterave sucrière dans la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020

 

La marge brute pour la betterave sucrière en 2019 reste à un niveau relativement bas

En 2019, la marge brute de la culture de betteraves sucrières atteint 1 560 €/ha, les travaux par tiers n’étant pas compris dans les charges opérationnelles affectées. C’est un résultat en net retrait par rapport à la moyenne de la décennie qui atteint pratiquement les 1 990 €/ha. Sur base des données provisoires de 2020, la marge brute de la betterave sera également en baisse.

Si l’on considère la marge brute, en tenant compte des travaux par tiers, sa valeur tombe à 1 220 €/ha, en 2019. En 2018 et 2019, cette marge brute est inférieure à celle de la culture de froment d’hiver.

Evolution de la marge brute de la culture de betterave sucrière

 

- Les producteurs les plus performants dégagent une marge pratiquement double que celle des moins performants, au sein de la zone « grandes cultures »

En 2019, la marge brute de la culture de betteraves sucrières au sein de la zone « grandes cultures » atteint 1 657 €/ha, soit pratiquement 530 €/ha en plus que dans le Condroz. Les charges étant similaires dans les deux zones, c’est essentiellement la différence de rendement qui explique cet écart.

Au sein de la zone « grandes cultures », les producteurs les plus performants dégagent une marge brute de 2 103 €/ha, soit pratiquement le double des moins performants qui peinent à atteindre 1 153 €/ha. Si on prend en compte les travaux par tiers dans les charges opérationnelles affectées, ces valeurs tombent respectivement à 1 736 €/ha et 831 €/ha. Sachant que cette marge doit couvrir les charges non affectées, pour ces dernières exploitations, le revenu agricole de la betterave se limitera à une valeur proche des aides du premier pilier octroyées dans le cadre de la politique agricole commune [PAC].

Marge brute de la culture de betterave sucrière selon la super-région en 2019

Marge brute de la culture de betterave sucrière de la zone des grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2019