Cette fiche aborde les bâtiments et le matériel agricoles selon les différentes approches : l’évolution du coût de l’investissement, la possession de ceux-ci par l’exploitant ou par un tiers, leur nature et leur poids économique selon les orientations technico-économiques [OTE].

En 2020, les bâtiments et le matériel agricoles représentent, en moyenne, 25 % des actifs de l’exploitation agricole wallonne. A l’inverse du facteur de production "terre", ceux-ci subissent au fil du temps une dépréciation due à leur utilisation, à l’introduction de nouvelles normes réglementaires ou à l’évolution des technologies et doivent être renouvelés au cours du temps. Depuis 2015, le prix de construction ou d’acquisition des bâtiments et du matériel agricoles a augmenté de plus de 10 %. Cette augmentation est essentiellement à charge des exploitants en ce qui concerne les bâtiments car 98 % sont propriétaires de ce facteur de production. A l’opposé, pour le matériel agricole, l’augmentation sera répartie selon les OTE, de façon plus ou moins importante, entre l’exploitant et les tiers (entrepreneurs agricoles).

Ces deux facteurs de production représentent une part importante des actifs pour les exploitations spécialisées en élevage bovin.

Les bâtiments agricoles sont aux mains des exploitants

Les bâtiments agricoles sont constitués de l’ensemble des bâtiments qui sont utilisés par l’exploitant pour réaliser son activité à savoir : hangars, étables, bâtiments de stockage, ateliers, ateliers de transformation, etc.. Le corps de logis de l’agriculteur n’est pas considéré comme un bâtiment agricole.

Au cours des 6 dernières années, le prix de construction a augmenté de plus de 10 %. La moitié des nouvelles constructions subsidiées concerne des étables bovines. En 2020, ils constituent 14 % de l’actif de l’exploitation moyenne wallonne et sont détenus à 98 % par les agriculteurs eux-mêmes.

- Les coûts de construction ont augmenté rapidement au cours des cinq dernières années

Le prix de construction d’un bâtiment dépend de différents éléments : le coût du foncier, les salaires et le prix des matériaux de construction. Le coût du foncier, dépendant de la région agricole et du plan de secteur, ne sera pas pris en compte dans la présente fiche.

Entre 2015 et 2020, le coût salarial dans le secteur de la construction en Belgique a augmenté de 2 % avec un pic à 4 % en 2019. Sur la même période le coût des matériaux de construction a augmenté de 9 % avec un pic en 2018 à 14 %. Cette augmentation concerne bien entendu l’ensemble du secteur de la construction. Le coût des matériaux dépendant fortement du prix de l’énergie, l’utilisation de nouveau type de matériaux, plus performants et plus complexes, nécessite souvent plus d’énergie à leur fabrication ce qui entraîne un coût élevé.

Evolution des indices des prix des salaires ouvriers et des matériaux de construction

 

- Les exploitants agricoles sont très majoritairement propriétaires de leurs bâtiments

En 2020, sur base des observations réalisées au sein du réseau comptable de la Direction de l’analyse économique agricole [DAEA], la part du bâti en propriété (hors aménagements fonciers) représente 98 % de la totalité des bâtiments de l’exploitation wallonne. Cette part est stable d’année en année. L’exploitant agricole a une brique dans le ventre. La part du bâti loué est très faible mais on constate ces dernières années une progression dans les exploitations spécialisées en élevage de bovins viandeux. Cela est dû notamment à un changement de stratégie dans le secteur. En effet, de plus en plus d’éleveurs wallons choisissent d’engraisser leurs bêtes eux-mêmes pour obtenir une meilleure plus-value et passent du profil d’éleveur à celui d’éleveur-engraisseur. Par conséquent, comme ils conservent les animaux plus longtemps sur l’exploitation, ils ont besoin de plus de places et louent des bâtiments supplémentaires. Etant donné la diminution du nombre de détenteurs de bovins ces dernières années, de l’espace s’est libéré, rendant l’offre de location d’étable suffisante.

Parmi les principales orientations technico-économiques [OTE] wallonnes, les exploitations spécialisées en élevage de bovins laitiers, celles de polyculture-élevage ainsi que les exploitations spécialisées en granivores ont le bâti le plus important en regard du total de l’actif. A l’inverse, les exploitations spécialisées en grandes cultures ont le bâti le moins important.

Evolution de la valeur des bâtiments agricoles selon l'OTE

 

- La moitié des dossiers de demande d’aides à l’investissement concerne des bâtiments à destination des élevages bovins

Entre 2018 et 2020, parmi les dossiers introduits auprès de la Direction des Structures agricoles, au sein de l’Organisme Payeur de Wallonie [OPW], dans le cadre d'une demande d’aide à l'investissement [ADISA], 32 % concernent la construction d'étables pour bovins, 14 % de bâtiments pour granivores (surtout élevages de volailles) et 26 % de bâtiments multi-usage.

Les autres constructions représentent 28 % des dossiers subsidiés avec principalement des silos couloirs (65 % des dossiers) et ainsi que d’autres investissements de nature très diverse tels que les serres, chambres froides, ateliers de transformation, gîtes, …

92 % des dossiers introduits pour les bâtiments destinés aux volailles concernaient des constructions pour des élevages biologiques ou en qualité différenciée, alors que cette proportion n’est que de 12 % pour les étables pour bovins.

Répartition des dossiers de subventions relatifs aux bâtiments (2018-2020)

 

Le matériel agricole spécialisé est de plus en plus partagé

Le matériel agricole est constitué de l’ensemble des machines et des outils utilisés par l’exploitant pour son activité agricole.

Au cours des 6 dernières années, le prix d’acquisition a augmenté de plus de 12 % tant pour les tracteurs que pour les autres outils. En 2020, le matériel agricole constitue, en moyenne, 11 % de l’actif de l’exploitation wallonne. La part en propriété de ce facteur de production a tendance à s’éroder ces dernières années au profit des entrepreneurs de travaux agricoles à l’exception des exploitations spécialisées en élevage de bovins laitiers où la charge de mécanisation augmente.

Vu la spécialisation du matériel et son coût, les agriculteurs font de plus en plus appel aux services d’entrepreneurs agricoles.

- Le coût du matériel neuf a augmenté fortement au cours des 6 dernières années et pèse de plus en plus sur le prix de revient des productions agricoles

L’augmentation de prix du matériel neuf, observée ces dernières années, est due généralement à l’importance de la technologie embarquée sur le matériel agricole. L’arrivée du numérique dans le matériel agricole permet d’avoir une connaissance plus précise du travail effectué grâce à l’enregistrement de divers renseignements, l’adaptation de l’outil selon les conditions du milieu dans lequel se déroule le travail, l’optimisation ou la répétabilité de trajets ou de traces ainsi que des liaisons avec d’autres outils ou sources de données.

L’évolution du prix des tracteurs est un peu moins marquée que le reste du matériel. Ce sont des outils polyvalents, dont le volume de vente est plus élevé, ce qui soumet le marché à une plus forte concurrence, avec pour effet une certaine régulation des prix. De plus, pour les tracteurs, les prix avaient déjà subi une augmentation en 2017 à la suite de la mise aux normes anti-pollution des moteurs (norme stage IV). La prochaine norme pour les moteurs STAGE V sera obligatoire en 2021.

Evolution des indices des prix du matériel agricole

 

- Une dépendance plus forte des exploitations vis-à-vis des entreprises agricoles

Les frais de mécanisation d’une exploitation agricole sont composés des charges inhérentes au matériel en propriété (intérêts, emprunts, amortissements, carburants et lubrifiants, assurances et frais d’entretien) ainsi qu’aux frais de location de matériel et aux travaux effectués par des tiers.

Depuis 2010, la part des charges relatives au matériel en propriété tend à diminuer. Ceci se marque différemment selon l’orientation technico-économique [OTE]. Les exploitations spécialisées en production animale possèdent un parc de matériel en propriété important. Leur travail d’astreinte nécessite un usage régulier de ce matériel. A l’opposé, dans les exploitations spécialisées en grandes cultures, les frais de mécanisation du matériel en propriété représentent moins de la moitié de l’ensemble des charges de mécanisation. La spécialisation des outils, l’augmentation de la technologie mais aussi un travail d’astreinte moindre dans ce type d’exploitation expliquent ce phénomène, et ne poussent pas l’exploitant à l’achat de matériel sauf pour du matériel polyvalent. De plus, dans les critères d’attribution des aides à l’investissement, la pondération est moindre pour le matériel très spécialisé lorsqu’il s’agit d’un investissement réalisé par un exploitant seul, alors qu’il est au contraire mieux soutenu quand l’investissement est réalisé par un groupement d’agriculteurs.

Le recours aux entreprises agricoles ou aux coopératives d’utilisation de matériel agricole est en augmentation, ce qui crée une dépendance plus forte des exploitations vis-à-vis des tiers, notamment pour le choix du moment où les travaux sont à réaliser.

Evolution des charges de mécanisation

Répartition des charges de mécanisation selon l'OTE en 2020

 

- Les charges de mécanisation varient selon l'orientation technico-économique

Depuis 2018, les charges de mécanisation au sein des exploitations wallonnes sont stabilisées et varient selon l'orientation technico-économique [OTE] de l'exploitation.

En valeur, la charge la plus importante est supportée par les exploitations de polyculture-élevage et par les exploitations spécialisées en bovins laitiers. A contrario, les exploitations spécialisées en bovins viandeux ou celles spécialisées en grandes cultures ont à supporter entre 30 à 50 % de charges en moins que les premières.

Evolution des charges de mécanisation selon l'OTE

 

- Un tiers des dossiers d’aides à l’investissement concerne du matériel relatif à l’élevage

Parmi les dossiers de demande d’aides à l’investissement [ADISA] en matériel, introduits auprès de la Direction des Structures agricoles, au sein de l’Organisme Payeur de Wallonie [OPW], entre 2018 et 2020, 21 % concernent l'achat de tracteurs ou de chariots télescopiques. Cela souligne un besoin notable en engins de manutention.

Le matériel relatif à l’élevage, c’est-à-dire le matériel fourrager, de distribution d’aliments, de contention ou de nettoyage des étables ainsi que les systèmes de traite, représente 34 % des dossiers : 8 % pour le matériel lié à la traite, 11 % pour la récolte des fourrages et 15 % pour le reste matériel à destination des bovins.

La catégorie « Autres » constitue 45 % des aides octroyées et est de nature très hétérogène. 1 dossier sur 5 concerne l’aménagement des bâtiments d’élevage autres que bovin, alors que tous les autres investissements sont de nature diverse et variée : semoirs,  herses,  rouleaux,  remorques,  poulaillers mobiles,  GPS, etc. .

Répartition des dossiers de subvention relatifs au matériel agricole (2018-2020)