Cette fiche aborde la rentabilité de l’exploitation wallonne dite professionnelle. Faisant suite à la présentation des produits et des charges des exploitations, sont analysées, en procédant par étape, les évolutions de la marge brute, de l’excédent brut et des revenus.

Au départ d’une marge brute de l’ordre de 1 390 €/ha de superficie agricole utilisée [SAU], l’exploitation wallonne obtient un excédent brut proche de 1 160 €/ha de SAU et un revenu agricole de 788 €/ha de SAU. Après quelques années de stabilité, ces valeurs présentent enfin une hausse. Toutefois, cette tendance générale cache une grande variabilité de résultats entre exploitations, liée à de nombreux éléments, dont l’orientation technico-économique [OTE], les performances de gestion, …

En 2020, la marge brute de l’exploitation wallonne s’améliore après 3 années de stagnation

La marge brute traduit l’efficacité avec laquelle l’exploitation génère des produits au moyen de ses charges opérationnelles affectées, au sein d'un même exercice comptable. En 2020, elle est de 1 393 €/ha de superficie agricole utilisée [SAU] (1 236 €/ha de SAU, travaux par tiers déduits). Cette hausse de la marge brute est essentiellement liée à une augmentation des produits, notamment ceux des cultures commerçables.

Les mauvais résultats de 2016, les produits ayant chuté de manière plus importante que les charges, amènent la marge brute à moins de 1 000 €/ha de SAU (travaux par tiers inclus dans les charges), ce qui constitue le minimum de la décennie. Si l’on excepte cette année particulièrement mauvaise, la moyenne de la marge brute pour la période 2010 – 2020 s’établit à 1 160 €/ha de SAU (1 330 €/ha de SAU sans travaux par tiers dans les charges) avec des variations interannuelles de l’ordre de ± 100 €/ha de SAU. Derrière cette stabilité, se cache toutefois une variabilité plus marquée lorsque l’on analyse les différentes orientations technico-économiques [OTE]. Ce point est d’importance car l’exploitation wallonne est de plus en plus spécialisée.

Calcul de la marge brute en 2020

Prod. = Produits

MB = Marge brute

Charg. op. = Charges opérationnelles

Evolution de la marge brute de l'exploitation wallonne par unité de SAU

 

L’évolution de l’excédent brut d’exploitation est très similaire à celle de la marge brute tout en étant marquée par la décroissance progressive des aides récurrentes

L’excédent brut d’exploitation [EBE] est le résultat de la soustraction des charges réelles de l’exploitation, hors amortissements et intérêts, au total des produits des activités (produits exceptionnels non compris) et des aides récurrentes. Il doit permettre de rémunérer la main d’œuvre familiale et de financer les investissements. Cet EBE atteint en 2020 une valeur de 1 160 €/ha de SAU, valeur nettement en hausse par rapport aux quelques années précédentes.

Son évolution suit celle de la marge brute. A la différence de cette dernière, l’EBE prend en considération les aides et les autres produits et régularisations des années précédentes ainsi que les charges fixes réelles. Pour 2020, si les charges fixes évoluent peu, on observe dans les produits, le paiement des indemnités "calamités agricoles" pour les sécheresses, essentiellement de 2018. Ceci amplifie donc la hausse de la marge brute.

Calcul de l'excédent brut d'exploitation en 2020

MB = Marge brute

EBE = Excédent brut d’exploitation

MB & Prod. = Marge brute et autres produits

Charg. str. = Charges réelles de structure

Evolution de l'excédent brut de l'exploitation wallonne- par unité de SAU

 

Les revenus exprimés par unité de surface sont en nette hausse et 2020 est ainsi la meilleure année de la dernière décennie

Le revenu du travail et capital familial, ou revenu agricole, atteint 788 €/ha de SAU après 3 années de stabilité autour de 600 €/ha de SAU. Il est la différence entre d’une part, la valorisation de l’ensemble des productions de l’exploitation et des autres produits, hormis les produits de nature exceptionnelle (ventes d’avoirs, …) et, d’autre part, l’ensemble des charges réelles, sauf les charges exceptionnelles. Ce montant sert à rémunérer le travail des non-salariés, c’est-à-dire les exploitants eux-mêmes, et le capital investi dans l’exploitation. 

Quant au revenu du travail qui s’établit à 605 €/ha de SAU en 2020, il est le résultat économique de l’exploitation, après avoir couvert l’ensemble des charges réelles (hors main d’œuvre) et les charges calculées sur les capitaux en propriété engagés par l’exploitant dans l’entreprise (fermages nets sur terres en propriété, intérêts sur capital d’exploitation propre). Avec ce revenu, on suppose donc que le mode de rémunération des facteurs de production (terre, capital et travail) soit le même dans toutes les exploitations. Aucune distinction n'est faite entre les fonds propres et le capital emprunté, ni entre le fait d’être ou non propriétaire et ni entre le travail non salarié et le travail salarié. Le revenu agricole est plus pertinent que le revenu du travail lorsque l’on parle de la gestion individuelle de l’exploitation tandis que le revenu du travail permet de placer les exploitations dans un référentiel commun de comparaison. Le revenu du travail facilite la comparaison entre exploitations (locataires ou propriétaires) et au fil du temps (pas d’impact des intérêts fluctuants).

Cette hausse très marquée des revenus est la résultante de plusieurs éléments qui ont tous œuvré dans le même sens :

  • Une augmentation de la marge brute, liée à une croissance des produits de certaines activités,
  • La prise en compte du paiement d’indemnités sècheresse reçue en 2020 mais liées à des exercices précédents,
  • La maîtrise des charges.

Calcul des revenus en 2020

EBE = Excédent brut d’exploitation

RA = Revenu agricole

RT = Revenu du travail

Charg. = Charges calculées

Evolution des revenus de l'exploitation wallonne par unité de SAU

 

- Les revenus par hectare des exploitations laitières s’élèvent à plus du double de ceux des exploitations viandeuses, illustrant les écarts entre orientations technico-économiques des exploitations

La comparaison des marge brute, excédent et revenus pour les principales orientations technico-économiques [OTE] présentes en Wallonie montre des différences marquées. Pour l’année 2020, les exploitations spécialisées en bovins viandeux enregistrent des résultats nettement moins bons que ceux des exploitations spécialisées en bovins laitiers et en grandes cultures. Ainsi, le revenu agricole dépasse les 1 000 €/ha de superficie agricole utilisée [SAU] pour une exploitation laitière, alors qu’il est moitié moindre pour une exploitation viandeuse. Le secteur de la production de viande bovine se caractérise par une rentabilité généralement inférieure à celle des autres orientations. On remarque que le revenu agricole de ce type d’exploitations est pratiquement au même niveau que la marge brute. Cela signifie que les aides et autres produits représentent approximativement le même montant que les charges de structure de l’exploitation.

Evolution de la marge brute et du revenu agricole de l'exploitation wallonne par unité de SAU selon l'OTE en 2020

 

- Les régions majoritairement tournées vers l'élevage de bovins viandeux ont des revenus moindres

La comparaison des résultats de marge brute, excédent ou revenus par unité de SAU entre les exploitations des diverses régions agricoles montre des différences assez marquées. Très clairement, les régions à prédominance d’élevage bovin viandeux, telles que la Famenne, l’Ardenne et la région jurassique sont en retrait pour ces différents indicateurs du résultat.

Evolution de la marge brute et du revenu agricole de l'exploitation wallonne par unité de SAU selon la région agricole en 2020

 

Les revenus exprimés par unité de travail illustrent la hausse de la productivité de la main d’œuvre et surtout prennent en compte la charge de travail différente selon les orientations technico-économiques

Il est intéressant de déterminer le revenu du travail par unité de travail total [UT]. Cette valeur indique la capacité de l’exploitation à rémunérer la main d’œuvre salariée et non salariée et intègre l’évolution de la performance du travail de la main d’œuvre. Ce revenu correspond à une rémunération brute, les charges sociales doivent encore y être prélevées. Il permet de comparer et de suivre l’évolution de la capacité des exploitations à rémunérer la main d’œuvre en les plaçant dans des situations comparables (propriétaire ou non, taux d’intérêts fixe).

En 2020, ce revenu du travail total atteint, en moyenne, 29 644 €/UT. C’est le meilleur résultat de la décennie, l’augmentation observée pour le revenu exprimé par unité de surface est, ici, amplifiée par le fait que la productivité de la main d’œuvre s’améliore lentement.

Si l’on se penche sur la gestion individuelle de l’exploitation et que l’on ne s’intéresse qu’à la main d’œuvre familiale, le revenu agricole est alors un indicateur plus pertinent. Il atteint en 2020 une valeur de 40 800 €/UTF.  Ce montant doit, en principe, rémunérer l’unité de main d’œuvre familiale et le capital qu’elle apporte dans l’exploitation.

Evolution des revenus de l'exploitation wallonne par UT (familiale ou totale)

 

- Même si la situation s’est améliorée, le revenu de l’exploitation de bovins viandeux reste nettement en retrait de celui dégagé par les autres spécialisations

Les écarts observés entre les revenus exprimés par unité de surface selon les orientations technico-économiques [OTE] sont toujours présents lorsque le revenu est exprimé par unité de travail. L’orientation viandeuse est en retrait par rapport aux autres secteurs de production avec un revenu par unité de travail deux à trois fois inférieur. On relève aussi que le classement des revenus par unité de surface n’est pas le même que celui par unité de travail. Ainsi, alors que les résultats par unité de surface sont plus élevés pour les exploitations spécialisées en bovins laitiers, ce sont les exploitations spécialisées en grande culture qui obtiennent le meilleur revenu par unité de travail. Assez logiquement, la production laitière exige, à surface égale, plus de main d'oeuvre que les grandes cultures.

Revenu du travail total de l'exploitation wallonne par UT selon l'OTE en 2020

 

- La disparité des revenus entre exploitations est importante et bien supérieure aux variations interannuelles

Derrière ces valeurs moyennes, se cache une grande disparité entre exploitations. Près d’une exploitation sur dix a un revenu du travail total par unité de travail négatif alors que l’année 2020 est plutôt une bonne année. Ces exploitations ne sont donc pas en mesure de fournir une rémunération au travail et au capital investi dans l’exploitation à la hauteur de celle établie pour nos calculs de charges imputées (travail familial et intérêt sur le capital investi). A l’inverse, plus de 5% des exploitations ont dégagé un revenu du travail de plus de 100 000 €/UT. La variabilité est liée à une série d’éléments dont certains sont indépendants de la bonne ou mauvaise gestion de l’exploitant dont la situation de marché pour le ou les secteurs d’activités de l’exploitation.

Répartition des exploitations selon le revenu du travail total par UT en 2020