Cette fiche se structure en deux parties. La première décrit la répartition des superficies de la culture de chicorées en région wallonne selon l'orientation technico-économique [OTE] et selon les super-régions. La seconde analyse les facteurs influençant la marge brute de cette culture, et ce, pour l’ensemble des producteurs, en agriculture conventionnelle, du réseau comptable de la Direction de l’Analyse économique agricole [DAEA] ayant au moins 1 ha de culture de chicorées. Elle présente ces éléments constituant la marge brute : les produits et les charges opérationnelles affectées à cette culture, sur l’ensemble du territoire et sur la zone orientée « grandes cultures ».

La culture de la chicorée est anecdotique en Wallonie et concerne moins de 900 agriculteurs principalement au sein d'exploitations spécialisées en grandes cultures. La réussite du semis et des levées de la chicorée est une étape essentielle dans le bon déroulement de la culture. Le printemps 2020, avec une sécheresse marquée, a pénalisé le rendement et au final le résultat de la culture de chicorées.

En 2020, la superficie en chicorée est identique à celle semée en colza

Avec presque 7 500 ha en 2020, la superficie en culture de chicorée est identique à celle en culture de colza. Le nombre de producteurs de chicorées est supérieur à celui des cultivateurs de colza. Ils y consacrent en moyenne 8,4 ha. La superficie de 2020 est en hausse par rapport aux années précédentes où elle est proche de 5 000 ha.

- La culture de chicorées est très majoritairement gérée par des exploitations spécialisées en grandes culture

L’analyse des facteurs sur base des orientations technico-économiques [OTE] n’est effectuée que pour les exploitations dites professionnelles, c'est-à-dire dont la production brute standard totale est supérieure à 25 000 euros. Ces dernières couvrent 98 % de la superficie agricole utile [SAU] wallonne.

7 444 ha de chicorées, soit pratiquement toute la SAU consacrée à cette culture, sont cultivés par 880 exploitations professionnelles. Près de 70 % de cette SAU (5 152 ha) se retrouvent au sein des exploitations spécialisées en grandes cultures. Elles représentent près de 65 % des producteurs de chicorées et en moyenne, elles y consacrent 9,1 ha. En seconde position, ce sont les exploitations combinant cultures et bovins qui cultivent près de 20 % de cette SAU. Enfin, les exploitations orientées vers l’élevage bovin ne gèrent ensemble moins de 5 % de la superficie totale dédiée à cette culture.

Répartition des superficies de culture de chicorée des exploitations professionnelles selon l'OTE en 2020

Nombre d'exploitations professionnelles produisant de la chicorée et superficies moyennes consacrées à cette culture selon l'OTE en 2020

 

- Plus de 87% de la superficie de chicorées sont situés au sein de la zone « grandes cultures »

Subdivision en « super-région » 

Pour analyser l’influence des régions agricoles sur les cultures commerçables, on distingue trois « super- régions » que l’on suppose suffisamment homogènes sur le plan des techniques culturales et des résultats.  Premièrement, la zone « grandes cultures » regroupant les régions limoneuse et sablo-limoneuse ainsi que la Campine hennuyère. C’est dans ces régions que les cultures commerçables sont les plus fréquentes et que l’on retrouve le plus d’exploitations spécialisées en grandes cultures. Deuxièmement, la zone « herbagère » composée des régions agricoles : Herbagère liégeoise, Fagnes, Famenne, jurassique, Ardenne et Haute Ardenne.  Ces régions sont plus spécialisées en élevage, surtout bovin, et le pourcentage de prairies y est important. Finalement, la zone « Condroz » qui est une région agricole intermédiaire. Cette subdivision de la Wallonie est réalisée pour obtenir un effectif suffisant pour comparer les zones entre elles et pour réaliser des analyses de classe de performance au sein d’une zone donnée (essentiellement la zone « grandes cultures »).

 

De façon très marquée, la culture de chicorées se retrouve principalement dans la zone « grandes cultures ». Cette région regroupe 87 % des terres dédiées à cette culture avec une superficie moyenne de 8,2 ha par exploitation, professionnelle ou non. Presque 90 % des exploitations wallonnes qui la cultivent se situent dans cette zone.

Avec 10 % de la superficie dédiée à cette culture, le Condroz arrive en seconde position.

Répartition des superficies de culture de chicorée selon la super-région en 2020

Nombre d'exploitations produisant de la chicorée et superficies moyennes consacrées à cette culture selon la super-région en 2020

 

L’année 2020 se caractérise par un mauvais rendement en chicorée de moins de 49 000 kg/ha

En 2020, le rendement de la culture de chicorées industrielles s’établit à 48 900 kg/ha, soit un niveau bien inférieur à 2019 et surtout à la moyenne décennale qui est de l’ordre de 51 800 kg/ha. Ce rendement limité est notamment lié à la sécheresse printanière qui a contrarié les levées des semis de chicorées. 

Le prix de vente pour la culture de chicorées atteint, en 2020, une valeur de 66,7 €/tonne, soit légèrement supérieure que la moyenne des dix dernières années qui s’établit à 63,4 €/tonne. Signalons que ce prix inclut un montant équivalent au coût des semences lorsque celles-ci sont fournies par la raffinerie gratuitement.

Evolution du rendement de la culture de chicorée et du prix de vente de sa racine

 

- Un différentiel de rendement entre les classes de performances très faible

En 2020, si l’on compare les agriculteurs de la zone « grandes cultures » au niveau de leurs performances dans l’obtention d’une marge brute élevée, on observe un écart de rendement de près de 4 000 kg/ha. Le rendement obtenu dépend aussi de la date d’arrachage, celui-ci évoluant entre le début et la fin de la campagne de récolte.

Les prix, bien que fixés par les raffineries, sont cependant bien différents et varient entre 54,2 et 72,6 €/tonne entre les classes de performance extrêmes. Outre les différences de conditions entre les acteurs industriels, ces valeurs tiennent compte des bonifications et des réfactions selon la tare, la date d’arrachage, l’organisation, etc. qui modifient de manière significative le prix de base.

Rendement de la culture de chicorée et prix de vente de sa racine de la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020

 

En 2020, le produit de la chicorée industrielle atteint 3 265 €/ha pratiquement identique à la valeur moyenne des dix années antérieures

En 2020, malgré un rendement mitigé, le produit de la culture de chicorées industrielles atteint 3 265 €/ha grâce au prix en hausse. C’est une valeur proche de la moyenne décennale (3 280 €/ha), mais en net retrait par rapport aux deux années précédentes où le produit dépassait les 3 500 €/ha.

Evolution du produit (principal) la culture de chicorée

 

- La différence de produits entre les producteurs des classes de performance extrêmes est importante

La quasi-absence de cette culture en dehors de la zone « grandes cultures » ne permet pas de faire de comparaisons avec le Condroz et la région herbagère.

Si l’on compare les performances des cultivateurs pour la zone « grandes cultures », on relève un différentiel de produit de 1 200 €/ha entre les groupes extrêmes. Ainsi, les producteurs les moins performants obtiennent un produit de 2 706 €/ha alors que les plus performants obtiennent un produit de pratiquement 3 922 €/ha.

Produit (principal) de la culture de chicorée de la zone des grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020

 

Le total des charges opérationnelles affectées est assez élevé pour cette culture et atteint 894 €/ha en 2020 auxquels on peut ajouter 656 €/ha de travaux par tiers

En 2020, les charges opérationnelles affectées, hors travaux par tiers, pour la culture de chicorées industrielles s’élèvent à 894 €/ha, valeur légèrement supérieure à la moyenne des dix années précédentes. Les dépenses en semences sont le poste le plus important et représente environ 46%, suivi par les pesticides avec 36 % et enfin les engrais avec 16 %. Signalons que même si les semences sont parfois fournies par les acteurs industriels, une charge est comptabilisée sur base du prix communiqué par l’industrie et un montant équivalent est ajouté aux produits.

La chicorée a des besoins azotés limités et se contente d’une fumure minérale azotée moyenne d’environ 65 unités/ha. Les apports de phosphore minéral sont de l’ordre de 25 unités/ha mais ceux de potassium atteignent 125 unités/ha.

A titre informatif, le montant dépensé pour les travaux par tiers était de 656 €/ha, valeur plus élevée que la moyenne des dix années précédentes qui était de 580 €/ha. Ce montant assez élevé s’explique par le fait que la récolte mais également le semis, sont quasi systématiquement réalisés par entreprise. Enfin, les coûts de transport sont aussi considérés dans les travaux par tiers et ne sont pas négligeables.

Evolution des charges opérationnelles affectées à la culture de chicorée

 

- Les producteurs les moins performants ont des charges opérationnelles supérieures aux autres

Au sein de la zone « grandes cultures », les producteurs les moins performants pour la culture de chicorées industrielles ont des charges opérationnelles de 80 à 120 €/ha supérieures aux autres groupes de performance. C’est essentiellement au niveau de la fertilisation qu’ils dépensent plus. Les plus performants de leur côté semblent un peu plus efficaces dans leurs traitements phytopharmaceutiques et arrivent à réduire le coût d’environ 10 %.

Charges opérationnelles affectées à la culture de chicorée dans la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020

 

En 2020, la marge brute de la chicorée atteint une valeur en nette diminution

En 2020, la marge brute de la culture de chicorées industrielles atteint 2 371 €/ha, les travaux par tiers n’étant pas compris dans les charges opérationnelles affectées. Les deux années précédentes, cette marge brute dépassait les 2 700 €/ha grâce à de bons rendements. On retrouve en 2020 une valeur plus proche de la moyenne des dix années précédentes qui est de 2 420 €/ha.

En considérant les travaux par tiers dans les charges opérationnelles affectées, la marge brute s’établit à 1 715 €/ha.

Evolution de la marge brute de la culture de chicorée

 

- Une différence importante de marge brute entre les classes de performance extrêmes au sein de la zone « grandes cultures »

Au sein de la zone « grandes cultures », les producteurs les plus performants dégagent une marge brute de 3 106 €/ha, alors que les moins performants arrivent à 1 769 €/ha. Si on prend en compte les travaux par tiers dans les charges opérationnelles affectées, les marges brutes des groupes de performance extrêmes tombent respectivement 2 413 €/ha et 1 246 €/ha.

Marge brute de la culture de chicorée de la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020