Cette fiche se structure en deux parties. La première décrit la répartition des superficies de la culture de froment d'hiver en région wallonne selon l'orientation technico-économique [OTE] et selon la super-région. La seconde analyse les facteurs influençant la marge brute de cette culture et ce, pour l’ensemble des producteurs, en agriculture conventionnelle, du réseau comptable de la Direction de l’Analyse économique agricole [DAEA] ayant au moins 1 ha de culture de froment d'hiver. Elle présente les différents éléments constituant la marge brute : les produits et les charges opérationnelles affectées à cette culture, sur l’ensemble du territoire, au sein des régions agricoles et de la zone orientée « grandes cultures ».

Le froment d'hiver est la principale céréale cultivée en Wallonie et est présent dans la moitié des exploitations wallonnes, majoritairement celles spécialisées en grandes cultures. Plus que tout autre élément, le prix de vente du grain influence significativement la marge brute de cette culture. Cette influence peut être amplifiée ou réduite par les rendements qui dépendent entre autres de la région agricole. Enfin, au sein d’une même région et d’une même année, l’écart de marge brute entre les cultivateurs les plus et les moins performants avoisine les 40 %.

Le froment d'hiver reste la principale culture wallonne en 2020, principalement emblavée au sein d’exploitations spécialisées en grandes cultures

Avec presque 120 000 ha en 2020, le froment d’hiver reste la principale culture agricole en Wallonie. Cette céréale est présente dans la moitié des exploitations wallonnes, sur une superficie moyenne de 19,4 ha.

- Les exploitations spécialisées en grandes cultures avec du froment d’hiver en cultivent, en moyenne, 25 ha

L’analyse des facteurs sur base des orientations technico-économiques [OTE] n’est effectuée que pour les exploitations dites professionnelles, c'est-à-dire dont la production brute standard totale est supérieure à 25 000 euros. Ces dernières couvrent 98 % de la superficie agricole utile [SAU] wallonne.

En 2020, 5 690 exploitations professionnelles cultivent 116 854 ha de froment d’hiver, soit 20,5 ha en moyenne, une superficie légèrement supérieure à la moyenne wallonne. Plus de 60% de la superficie emblavée en froment d'hiver (71 291 ha) se retrouvent au sein d'exploitations professionnelles spécialisées en grandes cultures. Ces exploitations représentent plus de la moitié des producteurs de froment d'hiver et en moyenne, ils y consacrent 25 ha. A contrario, les exploitations spécialisées en bovins gèrent 7 % de la superficie totale dédiée à cette culture, pour une SAU moyenne deux fois moindre.

Répartition des superficies de culture de froment d'hiver des exploitations professionnelles selon l'OTE en 2020

Nombre d'exploitations professionnelles produisant du froment d'hiver et superficies moyennes consacrées à cette culture selon l'OTE en 2020

 

- 70% de la superficie de froment d’hiver sont situés dans la zone « grandes cultures »

Subdivision en « super-région » 

Pour analyser l’influence des régions agricoles sur les cultures commerçables, on distingue trois « super- régions » que l’on suppose suffisamment homogènes sur le plan des techniques culturales et des résultats.  Premièrement, la zone « grandes cultures » regroupant les régions limoneuse et sablo-limoneuse ainsi que la Campine hennuyère. C’est dans ces régions que les cultures commerçables sont les plus fréquentes et que l’on retrouve le plus d’exploitations spécialisées en grandes cultures. Deuxièmement, la zone « herbagère » composée des régions agricoles : région herbagère liégeoise, Fagnes, Famenne, région jurassique, Ardenne et Haute Ardenne.  Ces régions sont plus spécialisées en élevage, surtout bovin, et le pourcentage de prairies y est important. Finalement, la zone « Condroz » qui est une région agricole intermédiaire. Cette subdivision de la Wallonie est réalisée pour obtenir un effectif suffisant pour comparer les zones entre elles et pour réaliser des analyses de classe de performance au sein d’une zone donnée (essentiellement la zone « grandes cultures »).

 

La culture de froment d'hiver se retrouve principalement dans la zone « grandes cultures ». Cette dernière regroupe 70 % des terres qui lui sont dédiées, avec une superficie moyenne de 19,4 ha par exploitation, professionnnelle ou non. En 2020, presque 80 % des exploitants de cette zone sèment du froment d'hiver dans leur rotation.

Avec 23 % de la superficie dédiée à cette culture, le Condroz arrive en seconde position et se distingue par la plus grande superficie moyenne en culture de froment d'hiver : 23,6 ha. Cette région regroupe pratiquement un cinquième de ces cultivateurs.

La zone herbagère comprend peu d’hectares emblavés en froment d'hiver. Moins de 7 % de la superficie régionale est dédiée à cette culture. En 2020, moins d’un sixième des exploitants de cette zone implante du froment d'hiver.

Répartition des superficies de culture de froment d'hiver selon la super-région en 2020

Nombre d'exploitations produisant du froment d'hiver et superficies moyennes consacrées à cette culture selon la super-région en 2020

 

Plus que le bon rendement obtenu en 2020, c’est surtout le prix de vente du grain à la hausse qui est l’élément majeur influençant le résultat de la culture de froment d'hiver

En 2020, malgré une pluviométrie abondante en fin d’hiver et une sécheresse printanière marquée, le rendement de la culture de froment d’hiver s’établit à 9 466 kg/ha. Il s’agit d’une bonne valeur, légèrement en retrait par rapport à 2019 qui fut une très bonne année pour les rendements céréaliers. L’année 2020 occupe la troisième position de la décennie au niveau des rendements. Si l’on excepte 2016, année catastrophique au niveau de la production suite à un printemps anormalement froid, les rendements observés depuis 2013 sont relativement bons.

Le prix de vente du grain de froment a connu une hausse sensible en 2020 par rapport à 2019 et s’établit à 195 €/tonne, également troisième meilleure valeur de la décennie. De tels prix s’expliquent probablement par des stocks bas et une mauvaise récolte en Europe, mais également, à l’international, due à la sécheresse de la saison. On remarque que de 2014 à 2017, le prix de vente a oscillé autour de 150 €/tonne, tandis que 2012 s’était distingué par un prix très élevé de l’ordre de 230 €/tonne suite à de mauvaises récoltes en Russie, aux Etats-Unis et en Europe. Le faible rendement observé en 2016 n’aura pas eu le même effet sur le prix car il ne s’est observé que sur une zone géographique limitée dont la Belgique faisait malheureusement partie. La moyenne du prix de valorisation du froment sur la décennie est de l’ordre de 176 €/tonne.

Evolution du rendement de la culture de froment d'hiver et du prix de vente de son grain

 

- Le rendement dans la zone « grandes cultures » est environ 17,5 % supérieur à celui de la zone herbagère

Le rendement observé dans la zone « grandes cultures » est de 9 803 kg/ha, nettement supérieur aux 8 665 kg/ha relevés dans le Condroz et aux 8 256 kg/ha dans la zone herbagère. En plus de cela, les agriculteurs de la zone « grandes cultures » obtiennent généralement un prix de vente légèrement supérieur. Ces exploitants, pour qui il s’agit d’une importante source de revenu, utilisent des techniques de commercialisation particulières : attendre le meilleur moment pour vendre leur grain qui est peut-être aussi d’une qualité légèrement supérieure et, pour certains d’entre eux stocker une part de leur récolte.

En 2020, si l’on compare, entre eux, les producteurs de froment, de la zone « grandes cultures » au niveau de leurs performances dans l’obtention d’une marge brute élevée, on observe que les producteurs les plus performants (quartile supérieur) atteignent non seulement des rendements supérieurs à 10 800 kg/ha mais vendent leurs grains à un prix plus intéressant de 206 €/tonne. A l’opposé, les moins performants plafonnent avec un rendement de 8 530 kg/ha qu’ils valorisent à seulement 184 €/tonne. Le différentiel entre les groupes extrêmes est de plus de 2 000 kg/ha et de 20 €/tonne. Les moins performants de la zone « grandes cultures » ont des résultats comparables à la moyenne des agriculteurs de la zone herbagère.

Rendement de la culture de froment d'hiver et prix de vente de son grain selon la super-région en 2020

Rendement de la culture de froment d'hiver et prix de vente de son grain de la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020

 

Avec près de 1 850 €/ha de produit principal pour le froment d’hiver, l’année 2020 est plutôt une bonne année pour cette culture

En 2020, la combinaison d’un bon rendement et de prix élevé pour la culture du froment, conduit à un produit principal, issu de la valorisation du grain, de 1 848 €/ha. Seule l’année 2012 a été meilleure grâce à un prix très élevé. Ce produit principal, après être passé par un maximum de l’ordre de 1 890 €/ha en 2012, est descendu régulièrement jusqu’à frôler les 1 000 €/ha en 2016, avant de remonter jusqu’en 2020. A ce produit principal s’ajoute un éventuel produit secondaire grâce à la valorisation de la paille vendue ou intra-consommée. En 2020, ce sous-produit est de l’ordre de 288 €/ha.

Evolution des produits principal et secondaire de la culture de froment d'hiver

 

- Les régions de grandes cultures bénéficient d’un produit principal largement supérieur aux autres régions agricoles

En 2020, en zone « grandes cultures », le produit principal de la culture du froment atteint 1 927 €/ha alors qu’il arrive à 1 656 €/ha dans le Condroz et ne dépasse pas 1 575 €/ha pour la zone herbagère.

Si l’on compare les performances des producteurs de froment d’hiver pour la zone « grandes cultures », on relève un différentiel de produit principal de l’ordre de 660 €/ha entre les groupes extrêmes. Le groupe le plus performant valorise moins bien la paille, ce qui confirme qu’une bonne part de ces agriculteurs sont spécialisés en grandes cultures et hachent une partie de leur paille pour la restituer au sol.

Produits principal et secondaire de la culture de froment d'hiver selon la super-région en 2020

Produits principal et secondaire de la culture defroment d'hiver de la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020

 

Les charges opérationnelles affectées évoluent nettement moins que les produits et ont même tendance à diminuer au cours des dernières années

En 2020, les charges opérationnelles affectées, hors travaux par tiers, pour la culture de froment s’élèvent à 443 €/ha, alors que la moyenne des dix années précédentes est de l’ordre de 460 €/ha. Les achats de pesticides représentent un peu plus de 46 %, ceux d’engrais 34 %, les semences 18 % et le solde composé des autres charges directes à peine 2 %.

Ces charges opérationnelles affectées ont connu une forte hausse après 2010 et sont passées par un maximum de plus de 500 €/ha en 2013 et 2014, avant de redescendre au niveau actuel à partir de 2017. Les prix des engrais étaient à un niveau relativement bas ces cinq dernières années. La fertilisation azotée pour le froment oscille entre 180 à 190 unités/ha au cours des dix dernières années. Les apports de phosphore et de potassium sont de l’ordre de 4 à 6 unités/ha pour chaque élément nutritif.

A titre informatif, le montant dépensé pour les travaux par tiers était de 171 €/ha.

Evolution des charges opérationnelles affectées à la culture de froment d'hiver

 

- Les écarts de charges opérationnelles affectées sont plus marqués entre les groupes de performance qu’entre les régions agricoles

En comparant les trois grandes zones agricoles considérées, on n’observe pas de réelles différences au niveau des charges opérationnelles affectées, hors travaux par tiers, qui varient de 429 à 446 €/ha.

Par contre, la comparaison entre les groupes de performance au sein de la zone « grandes cultures » montre que les producteurs les plus performants maitrisent mieux leurs charges opérationnelles affectées et dépensent moins en semences, engrais et produits phytopharmaceutiques. Les économies réalisées sur ces charges dépassent les 55 €/ha comparativement aux moins efficaces.

Parallèlement, à titre informatif, leurs charges en travaux par tiers sont un peu inférieures à celles des autres groupes, ce qui traduit qu’il s’agit sans doute d’exploitations spécialisées en grandes cultures dont quelques-unes disposent de leur propre matériel.

Charges opérationnelles affectées à la culture de froment d'hiver dans la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020

 

Avec environ 1 400 €/ha de marge brute du produit principal de la culture de froment d'hiver, l’année 2020 égale pratiquement le meilleur résultat de la décennie

En 2020, la marge brute du produit principal de la culture de froment d’hiver atteint 1 405 €/ha, les travaux par tiers n’étant pas compris dans les charges opérationnelles affectées. Les charges opérationnelles affectées n’ayant pas enregistré de changements importants, l’évolution de la marge brute suit assez fidèlement celle des produits. Elle a ainsi enregistré une baisse entre 2012 et 2016 où elle est passée par un minimum de 540 €/ha avant de remonter à plus de 1 400 €/ha en 2020, résultat identique à l’année 2012. La moyenne décennale de la marge brute du produit principal de cette culture est de l’ordre de 1 100 €/ha.

La marge brute totale de la culture de froment incluant le produit secondaire issus de la paille et les travaux par tiers dans les charges s’établit à 1 523 €/ha. C’est la meilleure marge brute des dix dernières années.

Evolution de la marge brute de la culture de froment d'hiver

 

- Si l’écart de marge brute dépasse 300 €/ha entre les super-régions, il dépasse 700 €/ha entre les producteurs les plus et les moins performants au sein de la zone « grandes cultures »

Les écarts de rendement et de prix se traduisent sur le niveau de marge brute obtenu. Ainsi, en 2020, la culture de froment d’hiver en zone « grandes cultures » atteint une marge brute du produit principal, travaux par tiers non compris, de 1 481 €/ha alors qu’elle est de 1 227 €/ha pour le Condroz et de 1 133 €/ha pour la zone herbagère.

Si on analyse les résultats des exploitations de la zone « grandes cultures », les producteurs les plus performants obtiennent une marge brute du produit principal de 1 820 €/ha alors que les moins performants plafonnent à 1 103 €/ha. L’écart entre ces extrêmes est donc supérieur à la différence entre les moyennes des super-régions.

Marge brute de la culture de froment d'hiver selon la super-région en 2020

Marge brute de la culture de froment d'hiver de la zone de grandes cultures selon le niveau de performance des exploitations en 2020