En résumé : La superficie consacrée à la culture de pommes de terre de conservation, régulièrement produites sous contrat, monte à 43 801 ha en 2024. Plus de deux tiers des producteurs professionnels de pommes de terre sont regroupés au sein d’exploitations spécialisées en grandes cultures. Le rendement se montre décevant avec moins de 39 t/ha mais les prix observés de l’ordre de 228 €/t restent intéressants. Le produit de la culture, avec 8 866 €/ha, est relativement bon et compense la hausse continue des charges opérationnelles affectées. Par conséquent, la culture de pommes de terre dégage une marge de 5 705 €/ha.
Superficie
Avec 43 801 ha en 2024, la culture de pommes de terre de conservation, qu’elles soient mi-hâtives ou tardives, repasse, après trois années au-dessus de la barre des 40 000 ha. Cette culture se retrouve dans l’assolement de 4 301 agriculteurs avec une superficie moyenne de 10,2 ha par exploitation. La particularité de cette culture est sa production fréquente sous contrat et ses travaux culturaux assurés par un agriculteur spécialisé, de la plantation à la récolte. En conséquence, le nombre de producteurs « réels » de pommes de terre est nettement inférieur à celui déclaré.
A titre informatif, outre les pommes de terre de conservation, en 2024, les plants de pommes de terre occupaient 1 390 ha et les pommes de terre hâtives à peine 56 ha.
-Différences régionales
Pour mieux analyser l’impact des régions agricoles sur les cultures commerçables, la Wallonie est subdivisée en trois « super-régions »,considérées comme suffisamment homogènes en termes de pratiques culturales et de résultats : la zone « grandes cultures », la zone « herbagère » et le Condroz.
- 81 % de la surface agricole utilisée [SAU] consacrée à cette culture se situent en zone « grandes cultures » et les exploitants de cette zone y consacrent en moyenne 10,8 ha.
- 16 % de la SAU sont cultivés dans le Condroz sur des surfaces moyennes par exploitation de 11,4 ha.
- Moins de 3 % de la surface sont cultivés dans la zone « herbagère » avec, en moyenne, 3 ha par exploitation.
- Au sein des OTE
En 2024, 43 622 ha de pommes de terre sont gérés au sein de 4 172 exploitations professionnelles :
- Plus de 67 % de cette superficie (29 289 ha) se retrouvent au sein des exploitations spécialisées en grandes cultures. Elles regroupent 56 % des producteurs de pommes de terre et en moyenne, ils y consacrent 12,4 ha.
- Un cinquième de la superficie en pommes de terre se retrouve dans l’assolement des exploitations combinant cultures et bovins.
- A l’opposé, les exploitations spécialisées en bovins (lait, viande ou combinant les deux) gèrent 8 % de la superficie totale dédiée à cette culture.
Proportion d'exploitations professionnelles produisant des pommes de terre de conservation et superficies consacrées à cette culture selon l'OTE en 2024
Proportion d'exploitations professionnelles produisant des pommes de terre de conservation et superficies consacrées à cette culture selon l'OTE en 2024
Rendement et prix
En 2024, le rendement des pommes de terre peut être considéré comme mauvais avec une moyenne de 38,9 t/ha, soit un niveau inférieur à la moyenne des dix années précédentes (42,9 t/ha).
A l’inverse du rendement, le prix moyen atteint une valeur de 228 €/tonne, niveau nettement plus élevé que la moyenne des dix années précédentes (140 €/tonne), sans toutefois atteindre le niveau très élevé de 2023.
Les conditions de commercialisation des pommes de terre sont variées que ce soit au niveau de la fixation du prix (libre ou contrat) ou au niveau de l’acheteur (vente directe, industrie de transformation, marché du frais…). Ceci entraîne une variabilité du prix entre les exploitations, nettement plus marquée que pour les autres cultures commerçables.
Rentabilité
-Produits
En 2024, la combinaison d’un mauvais rendement et d’un bon prix, conduit à un produit de la culture de pommes de terre de 8 866 €/ha, valeur supérieure à la moyenne des dix années précédentes (5 922 €/ha) et la deuxième meilleure production depuis 2010.
-Charges opérationnelles
La culture de pommes de terre enregistre des produits élevés, à mettre en lien avec les charges nécessaires à sa conduite. En 2024, les charges opérationnelles affectées, hors travaux par tiers, s’élèvent à 3 161 €/ha, alors que la moyenne des dix années précédentes est de 2 016 €/ha. Ces charges montrent une augmentation continue avec des variations annuelles importantes, liées à l’usage des pesticides en fonction des conditions culturales.
- L’achat de plants reste le poste le plus important (1 581 €/ha) et représente 50 % des charges opérationnelles affectées. L’achat de plants est la charge qui a connu la plus forte augmentation au cours des dernières années, passant d’une moyenne de l’ordre de 835 €/ha pour les 10 années précédentes à plus de 1 500 €/ha. Le choix variétal influence sensiblement le coût des plants. Une différence importante entre les variétés libres de droits (Bintje, Charlotte, …) et les variétés dites « protégées » (Fontane, Challenger, Innovator, …) est enregistrée. Ces dernières, minoritaires il y a 10 ans, concernent aujourd’hui la majorité des superficies. Les sources d’approvisionnement et la disponibilité des plants sont très variables également.
- Les dépenses en engrais se réduisent de 35 % par rapport à 2023, profitant de la baisse des prix.
- Le coût des traitements phytosanitaires augmente et atteint 986 €/ha. La protection phytosanitaire est bien évidemment une charge très importante pour cette culture sensible, entre autres, aux attaques de mildiou. Cette charge, dépendante des conditions météorologiques, s’élève à moins de 500 €/ha les années aux conditions météorologiques favorables et monte à plus de 900 €/ha les années aux conditions météorologiques humides, comme en 2021 ou 2024.
La culture de pommes de terre est relativement exigeante en fertilisation, notamment potassique. La fertilisation azotée pour les pommes de terre est de l’ordre de 175 unités/ha au cours des dix dernières années. Les apports de phosphore sont de l’ordre de 40 unités/ha et ceux de potassium atteignent 235 unités/ha.
A titre informatif, le montant dépensé pour les travaux par tiers était de 541 €/ha en 2024.
- Marge brute
En 2024, la marge brute de la culture de pommes de terre atteint 5 705 €/ha, les travaux par tiers n’étant pas compris dans les charges opérationnelles affectées. Elle enregistre une augmentation de presque 50 % par rapport à la moyenne des dix années précédentes (3 906 €/ha).
La marge brute, avec les travaux par tiers compris dans les charges opérationnelles affectées, s’établit à 5 164 €/ha.
La comparaison de la marge brute de la culture de pommes de terre à celles d’autres cultures rencontrées couramment en Wallonie, telles que les céréales et les betteraves sucrières, et ce sur plusieurs années, pourrait amener à penser que la pomme de terre est une culture bien rémunératrice. Il faut, cependant, garder à l’esprit plusieurs éléments qui impacteront le résultat final de la culture.
Premièrement, la culture de pommes de terre exige une part des charges non affectées proportionnellement plus importante que pour les autres grandes cultures courantes. En effet, pour certains producteurs, des infrastructures de stockage sont nécessaires. Et, si bien souvent une partie des opérations culturales est confiée à un tiers, le producteur dispose d’une partie de matériel, parfois spécifique à cette culture tel qu’une planteuse, butteuse, etc. Tous ces éléments représentent un coût non négligeable qui devra être couvert par la marge de la culture.
Deuxièmement, de nombreux producteurs procèdent à des locations de terre à d’autres agriculteurs pour y implanter la culture. En observant les montants perçus par les agriculteurs pour cette culture sous contrat, la valeur moyenne de cette location s’élève à plus de 1 900 €/ha, avec une variation de 1 600 à plus de 2 500 €/ha.
Variabilité des performances
Pour analyser la variabilité des situations, les résultats des producteurs de pommes de terre de conservation de la zone « grandes cultures » sont classés dans trois groupes de performance en fonction de la marge brute du produit principal (hors travaux par tiers).
Les producteurs les plus performants, composé du quartile supérieur, atteignent non seulement des rendements de presque 47 t/ha mais, vendent également leur production à un prix élevé de 248 €/t. A l’opposé, les exploitants les moins performants plafonnent avec un rendement de 29 t/ha qu’ils valorisent à 185 €/t.
Ces écarts de rendement et de prix portent le différentiel de produit à plus de 6 200 €/ha entre les groupes extrêmes. Ainsi, les planteurs les moins performants, avec un rendement et surtout un prix de vente plus limités, se contentent d’un produit de 5 356 €/ha alors que les plus performants atteignent une valeur de 11 567 €/ha.
Rendement de la culture de la pomme de terre de conservation et prix de vente de son tubercule selon le niveau de performance des exploitations de la zone "grandes cultures"en 2024
Rendement de la culture de la pomme de terre de conservation et prix de vente de son tubercule selon le niveau de performance des exploitations de la zone "grandes cultures"en 2024
Produit (principal) de la culture de la pomme de terre de conservation de la zone "grandes cultures" selon le niveau de performance des exploitations en 2024
Produit (principal) de la culture de la pomme de terre de conservation de la zone "grandes cultures" selon le niveau de performance des exploitations en 2024
Si les produits sont très différents, en revanche, les charges opérationnelles affectées sont tout à fait comparables entre les groupes de performance.
Charges opérationnelles affectées à la culture de la pomme de terre de conservation dans la zone "grandes cultures" selon le niveau de performance des exploitations en 2024
Charges opérationnelles affectées à la culture de la pomme de terre de conservation dans la zone "grandes cultures" selon le niveau de performance des exploitations en 2024
Les charges opérationnelles affectées, étant assez similaires entre les groupes de performance, elles induisent des écarts de marge brute du même ordre de grandeur que la différence de produit. Ainsi, la marge brute du groupe de producteurs les plus performants atteint 8 435 €/ha contre 2 313 €/ha pour les moins performants.