En rĂ©sumĂ© : En 2024, lâindice global des prix agricoles en Belgique recule lĂ©gĂšrement, marquant une stabilisation aprĂšs la forte hausse de 2022. Les grandes cultures sont en baisse, tandis que les prix de la viande bovine, du lait et des fruits augmentent. Les coĂ»ts de production restent Ă©levĂ©s, bien que les consommations intermĂ©diaires (Ă©nergie, engrais) diminuent. Les salaires, fermages et intĂ©rĂȘts poursuivent leur hausse modĂ©rĂ©e.
Global
En 2024, lâindice global des prix Ă la production sâĂ©tablit Ă 148,8 contre 151,4 en 2023. Cette lĂ©gĂšre contraction peut ĂȘtre assimilĂ©e Ă une quasiâstagnation, contrastant avec la progression exceptionnelle de 2022, annĂ©e durant laquelle lâindice avait enregistrĂ© un bond de 40 points.
Le secteur des grandes cultures se distingue par un recul particuliĂšrement marquĂ©âŻ: prĂšs de 15 points perdus entre 2023 et 2024.
Productions
- Végétales
En 2024, le prix des cĂ©rĂ©ales recule de 16 %, deuxiĂšme annĂ©e consĂ©cutive de baisse aprĂšs la chute de 29 % enregistrĂ©e en 2023. MalgrĂ© ce repli, les cours se maintiennent Ă un niveau supĂ©rieur Ă la pĂ©riode 2014â2016, considĂ©rĂ©e comme catastrophique pour le marchĂ© des cĂ©rĂ©ales. Le prix global demeure fortement influencĂ© par le froment fourrager, culture cĂ©rĂ©aliĂšre dominante en Belgique.
AprĂšs une campagne 2023 exceptionnelle, le prix des betteraves sucriĂšres recul en 2024, tout en restant supĂ©rieur aux niveaux observĂ©s depuis 2010. MalgrĂ© une demande mondiale en hausse, les cours se dĂ©gradent, en partie Ă cause des accords commerciaux. De plus, la suppression des quotas en 2017 a exposĂ© lâEurope aux fluctuations mondiales.
En 2024, le prix moyen des pommes de terre de conservation destinĂ©es Ă lâindustrie et Ă©changĂ©es sur le marchĂ© libre a lĂ©gĂšrement diminuĂ© par rapport Ă 2023. Cette lĂ©gĂšre baisse suit une pĂ©riode 2021â2023 marquĂ©e par une envolĂ©e des cours pendant laquelle lâindice avait doublĂ©. Le marchĂ© libre, rĂ©gi uniquement par la loi de lâoffre et de la demande, reste particuliĂšrement sensible aux alĂ©as climatiques et aux fluctuations conjoncturelles. La relation entre rendement et prix sâinverse gĂ©nĂ©ralement : une rĂ©colte abondante exerce une pression baissiĂšre sur les cours, alors quâune production plus restreinte tend Ă soutenir les prix. Ce marchĂ© libre ne reprĂ©sente gĂ©nĂ©ralement quâune partie minoritaire du marchĂ© des pommes de terre de conservation. La majoritĂ© des volumes de production repose sur des contrats nĂ©gociĂ©s avant plantation entre producteurs et nĂ©gociants ou transformateurs et ne sont pas intĂ©grĂ©es dans ces donnĂ©es. Les pommes de terre destinĂ©es Ă la filiĂšre chips et de table sont largement contractuelles.
- Animales
Lâindice des prix de la viande bovine poursuit sa progression amorcĂ©e en 2016. En 2024, cet indice connaĂźt une augmentation de 8 % par rapport Ă 2023, atteignant ainsi un niveau record. La contraction progressive du cheptel bovin viandeux entraĂźne une diminution de lâoffre, exerçant ainsi une pression Ă la hausse sur le marchĂ©. Cette rĂ©duction est renforcĂ©e par les effets anticipĂ©s de la FiĂšvre Catarrhale Ovine (FCO), dont lâimpact sur les naissances devrait se traduire par une offre encore moindre en 2025.
AprĂšs une annĂ©e record en 2022 et un recul en 2023, lâindice du prix du lait a ainsi augmentĂ© de 9 % en 2024. Cette envolĂ©e provient de la progression du beurre (+41 % par rapport Ă 2023) et de la crĂšme (+31 % par rapport Ă 2023) . Cette hausse du prix du lait sâexplique aussi par la FCO, qui a provoquĂ© une baisse de la production laitiĂšre : sur lâensemble de lâannĂ©e, la collecte recule de 0,8 % par rapport Ă 2023, accentuant la tension sur lâoffre.
Le marchĂ© extĂ©rieur influence fortement le prix du lait en Belgique. En tant quâexportateur net de produits laitiers, la Belgique dĂ©pend des cours internationaux et des Ă©changes commerciaux. Lorsque la demande internationale augmente, les prix du lait tendent Ă grimper pour rĂ©pondre Ă la compĂ©titivitĂ© des produits belges. Ă lâinverse, une baisse des cours mondiaux exerce une pression sur les marges des transformateurs. Cette volatilitĂ© impose aux entreprises belges dâadapter leur stratĂ©gie. Elles doivent optimiser leurs coĂ»ts, diversifier leur production vers des produits Ă plus forte valeur ajoutĂ©e et innover pour compenser les effets des variations de prix dictĂ©es par le marchĂ© global.
Depuis lâannĂ©e catastrophique de 2021 pour le secteur porcin belge et le pic de 2023, son prix connait une diminution de 9 %. LâannĂ©e 2024 peut ĂȘtre scindĂ©e en deux parties : un premier semestre avec des prix plutĂŽt Ă©levĂ© en raison de la rĂ©ouverture du marchĂ© chinois et un second semestre avec des prix plus bas. En 2024, lâindice de prix reste supĂ©rieur Ă celui de la moyenne des 10 annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Il est important de noter que le marchĂ© belge de la viande porcine est un secteur fortement intĂ©grĂ© dans l'Union europĂ©enne et dans le reste du monde et que les Ă©vĂ©nements en dehors de la Belgique ont un impact significatif sur le marchĂ©.
- Horticoles
Lâindice des prix des pommes en 2024 connait Ă nouveau une hausse, +25 %. Tant en pommes quâen poires, les rendements Ă©taient faibles en raison des conditions mĂ©tĂ©orologiques dĂ©favorables au printemps, Ă des Ă©pisodes de grĂȘle et un problĂšme phytosanitaire.
Le cours du marché des poires continue de grimper en 2024 (+7 % par rapport à 2023). Cette valeur est largement supérieure à celle de la moyenne des 10 années précédentes mais ne bat par le record observé en 2013.
Lâindice des prix des lĂ©gumes en plein air prĂ©sente une lĂ©gĂšre augmentation pour 2024 avec des variations selon les cultures. Les indices des choux rouges, concombres et chicons ont connu une augmentation supĂ©rieure Ă 25 % alors que dâautres productions comme les laitues, les tomates, les choux blancs ont connu des diminution proches ou supĂ©rieures Ă 15 %.
Moyens de production
Les moyens de production reprennent lâensemble des Ă©lĂ©ments qui participent Ă la production. Il sâagit des consommations intermĂ©diaires (Ă©nergie, engrais, aliments), des investissements, de la rĂ©munĂ©ration de la main-dâĆuvre salariĂ©e, de la rĂ©munĂ©ration des terres agricoles (fermages) ainsi que des intĂ©rĂȘts.
En 2024, lâindice des prix des moyens de production a lĂ©gĂšrement augmentĂ© pour lâensemble des charges Ă lâexception des consommations intermĂ©diaires.
- Consommations intermédiaires
En 2024, lâindice des prix des consommations intermĂ©diaires, qui regroupe les biens et services nĂ©cessaires Ă la production agricole, poursuit sa baisse amorcĂ©e en 2023, enregistrant une diminution de 18 % par rapport au niveau record atteint en 2022. MalgrĂ© ce recul, lâindice demeure supĂ©rieur Ă la moyenne observĂ©e au cours de la derniĂšre dĂ©cennie. Cette Ă©volution sâexplique notamment par la baisse des prix de lâĂ©nergie, qui entraĂźne une diminution indirecte du coĂ»t des engrais. Ces deux postes, particuliĂšrement sensibles aux fluctuations du marchĂ© Ă©nergĂ©tique, affichent des niveaux infĂ©rieurs Ă ceux de lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente et bien en deçà des sommets atteints en 2022.
Le prix Ă la consommation de lâĂ©nergie (mazout de chauffage et carburants) est dĂ©terminĂ© principalement par lâĂ©volution du cours du pĂ©trole sur les marchĂ©s internationaux.
En 2024, le cours du pĂ©trole brut sâĂ©lĂšve Ă 80 dollars USD soit une lĂ©gĂšre diminution par rapport Ă 2023. Le prix du gaz a diminuĂ© en 2024 en raison dâune baisse des cotations sur le marchĂ© du gros, influant directement sur le prix belge. Cette baisse peut ĂȘtre attribuĂ©e Ă deux hivers doux consĂ©cutifs, Ă une offre importante de GNL et Ă des approvisionnements en provenance de NorvĂšge.
En 2024, le marchĂ© europĂ©en des engrais poursuit sa normalisation amorcĂ©e aprĂšs les tensions exceptionnelles de 2022. Avec un indice de 150, les engrais retrouvent leur niveau dâavant-le conflit ukrainien. Les prix des engrais azotĂ©s ont reculĂ©, soutenus par la baisse du coĂ»t du gaz naturel, principal intrant de leur production. La diversification des sources dâapprovisionnement, combinĂ©e Ă la reprise des capacitĂ©s industrielles europĂ©ennes, contribue Ă©galement Ă stabiliser lâoffre, mĂȘme si une part importante des importations reste originaire de Russie, situation qui devrait ĂȘtre freinĂ©e en 2025. Les engrais phosphatĂ©s et potassiques voient aussi leurs prix se modĂ©rer, bien que dans une moindre mesure. MalgrĂ© ces ajustements, lâensemble du marchĂ© demeure Ă des niveaux supĂ©rieurs Ă ceux observĂ©s avant la crise Ă©nergĂ©tique.
Le prix des aliments pour animaux a connu une baisse par rapport Ă 2023 mais reste 16 % supĂ©rieure Ă la moyenne des 10 derniĂšres annĂ©es. La baisse concerne surtout les aliments composĂ©s en raison dâune diminution du prix des matiĂšres premiĂšres mais Ă©galement dâune baisse de la demande.
- Autres
Les investissements comprennent le matĂ©riel (tracteurs) et les ouvrages (bĂątiments) d'exploitation. Le coĂ»t de ces investissements dĂ©pend du prix de lâĂ©nergie, de lâutilisation de nouveau type de matĂ©riaux, de plus en plus performants et de plus en plus complexes, nĂ©cessitant souvent plus dâĂ©nergie Ă leur fabrication entraĂźnant un coĂ»t en augmentation. En 2024, lâindice reste relativement stable par rapport Ă 2023 mais est toutefois 28 % supĂ©rieur Ă la moyenne des 10 annĂ©es prĂ©cĂ©dentes.
Lâindice des salaires a suivi une trajectoire ascendante rĂ©guliĂšre, traduisant une hausse progressive des coĂ»ts salariaux dans le secteur. LâannĂ©e 2023 marque une rupture dans cette tendance avec une indexation exceptionnelle de 12 %. En 2024, lâĂ©volution sâest stabilisĂ©e avec une indexation plus modĂ©rĂ©e de 2 %. Cette dynamique est directement liĂ©e au mĂ©canisme dâindexation automatique des salaires, qui ajuste les rĂ©munĂ©rations en fonction de lâĂ©volution du coĂ»t de la vie. Ainsi, les pĂ©riodes dâinflation Ă©levĂ©e se traduisent par une augmentation significative des charges salariales pour les exploitations agricoles.
Alors que les indices dĂ©taillĂ©s dans cette page sont dâapplication sur lâensemble du territoire belge, les fermages se distinguent par une augmentation diffĂ©rente selon les rĂ©gions, le systĂšme de calcul de coefficient de fermage Ă©tant rĂ©gionalisĂ©. En 2024, lâindice progresse de 4,6 % par rapport Ă 2023, mais il affiche une hausse de 8,6 % par rapport Ă la moyenne des dix annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Ces coefficients sont Ă©tablis par la Direction de lâanalyse Ă©conomique agricole sur base de lâĂ©volution des revenus du travail et de lâindice de prix Ă la consommation.
Les intĂ©rĂȘts, quant Ă eux, alors quâils ont diminuĂ© pendant plusieurs annĂ©es, ont vu leur indice augmenter pour une deuxiĂšme annĂ©e consĂ©cutive Lâinflation en Belgique en 2024 Ă©tait de 4,4 % contre 2,7 pour lâensemble de lâUnion EuropĂ©enne. Pour lutter contre cette inflation, la Banque Centrale EuropĂ©enne a augmentĂ© ses taux d'intĂ©rĂȘt ce qui a impactĂ© ceux de notre pays.