En résumé : Un budget de 319 Mio€ est destiné aux fermes wallonnes dans le cadre de la Politique agricole commune [PAC] en 2024. Les aides restent stables par rapport à la période précédente mais la PAC 2023-2027 redistribue les cartes ; d’avantage de budget pour les jeunes et le paiement redistributif, moins pour le paiement vert transformé en éco-régimes. Alors que les grandes cultures sont en retrait, les exploitations bovines et laitières bénéficient du soutien le plus important.
Budget Global
En 2024, les exploitations agricoles wallonnes ont perçu un montant total d’aides avoisinant 319 Mio€, un niveau quasi stable par rapport à 2022, dernière année de la programmation antérieure. Ce montant reprend les aides du premier pilier (262 Mio€) ainsi que celles du deuxième pilier lié à la surface (57 Mio€).
Cette apparente stabilité masque toutefois une évolution dans la structure des aides. En effet, si les montants globaux restent similaires, leur répartition entre les différents dispositifs a été modifié lors de l’entrée en vigueur du nouveau plan stratégique PAC 2023-2027avec une augmentation importante des paiements jeunes (bien que l’impact sur le montant total soit relativement faible) et une légère revalorisation du paiement distributif.Premier pilier
En 2024, les paiements du premier pilier se sont élevés à 262 Mio€, un montant globalement stable par rapport à 2023.
Voici les principales évolutions :- Paiement de base : stable à 79,2 Mio€, soit environ 30 % du montant du premier pilier.
- Paiement redistributif : en forte hausse de 20 %, atteignant 53,1 Mio€.
- Éco-régimes (remplace les paiements verts) : en baisse de 10 %, à 71,1 Mio€.
- Soutien couplé : en diminution de 10 %, pour un total de 52,5 Mio€.
- Paiements en faveur des jeunes agriculteurs : en progression de 80 %, pour un budget de 6,5 Mio€ traduisant une volonté de soutien renforcé à l’installation.
- Les exploitations spécialisées en grandes cultures ont été particulièrement touchées par la réforme de la PAC, avec une baisse de 21 % des aides du premier pilier entre 2022 et 2023. Leur accès limité aux aides spécifiques, comme le soutien couplé ou certains éco-régimes, explique en partie cette diminution. Toutefois, en 2024, des ajustements dans les critères d’accès aux éco-régimes ont permis une amélioration notable, favorisant une adhésion plus large des exploitations grandes cultures (ainsi une exploitation de ce type reçoit en moyenne 18 000 €).
- Les exploitations combinant bovins viandeux et laitiers reçoivent le montant d’aides le plus important (35 000 €) en cumulant les aides liées aux soutiens couplés et éco-régimes élevées. Elles possèdent généralement autant de vaches viandeuses que les exploitations spécialisées en viande bovine et, comme les exploitations laitières, elles disposent de grandes surfaces permettant d'activer principalement l’éco-régime couverture longue du sol.
Répartition des aides du premier pilier selon l'année de paiement et selon les OTE
- Paiement de base
Le paiement de base constitue la part la plus importante au niveau du 1ier pilier, confirmant son rôle central dans la PAC. En 2024, il représente 79 Mio€, soit un peu moins qu’en 2023. Cette baisse s’explique par une diminution du nombre d’hectares considérés (717 000 ha contre 720 000 en 2023).
Historiquement, le montant unitaire du paiement de base des exploitations spécialisées en bovins viandeux a toujours été le plus faible. Avec le principe de convergence interne qui permet de limiter les différences de montant entre exploitation, les différences s’amenuisent doucement.
- Paiement redistributif
Le paiement redistributif, qui soutient les petites et moyennes exploitations, a diminué de 54 Mio€ en 2023 à 53 Mio€ en 2024, couvrant désormais 349 000 hectares en Wallonie contre 353 000 précédemment. Comme le budget est resté stable, la réduction de superficie a permis d’augmenter le paiement par hectare de 146 € à 148 €.
Ce sont les exploitations spécialisées en bovins laitiers et celles en cultures et bovins qui présentent le paiement redistributif le plus élevé par exploitation (5 700 €). En effet, ces exploitations, ayant en moyenne plus de main-d’œuvre, peuvent plus souvent activer le principe de déplafonnement.
- Eco-régimes
Les éco-régimes suscitent un vif intérêt auprès des agriculteurs wallons, qui s'engagent largement dans ces dispositifs :
- Une forte adhésion (90%) aux éco-régimes de la part des agriculteurs wallons, avec un montant total engagé de 71 Mio€.
- La majorité des exploitation (45%) a activé 3 éco-régimes ou plus.
- Le dispositif centré sur les couvertures longues du sol a rencontré un grand succès, totalisant près de 10 300 demandes.
- En comparaison, l’éco-régime dédié à la réduction d’intrants a recueilli moins de 1 400 demandes ; néanmoins, il affiche une nette progression par rapport à 2023 (où on comptait moins de 400 demandes).
L’adhésion des exploitations aux éco-régimes varie selon le type de mesure et l’OTE. Les mesures liées aux prairies ou au bétail sont peu accessibles aux exploitations de grandes cultures (69 % d’adhésion à la couverture longue du sol), mais largement adoptées par les exploitations spécialisées en élevage, où plus de 90 % activent la mesure « prairies permanentes ».
L’éco-régime « Couverture Longue du Sol » [ER CLS] a été largement mobilisé avec quasiment 630 000 ha engagés par plus de 8 exploitations sur 10, pour un montant total de 25 Mio€. Ce dispositif repose sur des seuils, c’est-à-dire des niveaux d’exigence définis pour accéder à l’aide : plus le seuil est élevé, plus les pratiques agricoles sont vertueuses et plus le montant de l’aide est important. Le seuil supérieur a été particulièrement mobilisé (80 % des exploitations ayant activé cet éco-régime), notamment en raison de son incitant financier plus élevé et des recommandations des services d’accompagnement. À l’inverse, le seuil d’entrée, correspondant au niveau minimal requis, a été peu activé car jugé peu attractif (8,5 %).
Cet éco-régime est particulièrement activés par les exploitations spécialisées en grandes cultures, cela représente 50 % du montant total de tous les éco-régimes que ces exploitations perçoivent.
L’éco-régime « prairies permanentes » [ER PP], dont le budget s’élève à 25 Mio€, comprend une aide de base versée par hectare de prairie admissible (41 €/ha), ainsi qu’une aide supplémentaire déterminée par la charge en bétail.
En 2024, environ 60 % des agriculteurs ayant activé ce régime déclaraient une charge inférieure à 2 UGB/ha, ce qui les plaçait dans les paliers les plus favorables (soit 66,8 €/ha). À l’inverse, 20 % des exploitants dépassaient les 3 UGB/ha, les excluant des aides supplémentaires.
Ce sont logiquement les exploitations détenant des bovins, principalement celles avec un troupeau laitier, qui ont reçu le plus d’aides pour cet éco-régime (en moyenne plus de 5 000 €/exploitation). Plus de 90 % des exploitations d’élevage y ont adhérés.
70% des exploitations ont activé l’éco-régime « maillage » [ER M], dont le budget représente 16 % de l’enveloppe totale (11 Mio€).
Cet éco-régime a été activé dans l’ensemble des exploitations mais ce sont celles avec des bovins laitiers qui ont le mieux valorisé cet éco-régime (2270 € par exploitation). Ces dernières, en effet, souvent situées dans des zones bocagères ou semi-bocagères, disposent déjà d’éléments de maillage (haies, bandes enherbées, bosquets) facilitant l’activation de cet éco-régime.
L’éco-régime « cultures favorables à l’environnement » [ER CFE], doté d’un montant de 6,5 Mio€, propose trois variantes : légumineuses fourragères, céréales de printemps ou assimilées, mélange légumineuses-céréales. L’adhésion a fortement varié entre ces trois variantes :
- La variante « légumineuses fourragères », qui impose un semis avant le 15 avril, a été très peu mobilisée avec seulement 3 800 hectares déclarés, en raison de contraintes techniques, d’une faible valorisation économique et d’une communication tardive sur les critères d’éligibilité.
- La variante « légumineuses/céréales », bénéficiant d’une fenêtre de semis plus souple (du 15 avril au 15 mai), a rencontré un meilleur succès avec 4 500 hectares déclarés.
- La variante « céréales de printemps » est la plus populaire, totalisant 8 400 hectares engagés dans l’éco-régime.
Ce sont les exploitations spécialisées en grandes cultures qui ont principalement activé cet éco-régime avec dans 60% des cas la variante – céréales de printemps. Les exploitations spécialisées en bovins se sont plutôt tournées vers la variante légumineuse/céréales.
L’éco-régime « réduction d’intrant » [ER RI] a été l’éco-régime le moins activépar les agriculteurs en 2023 (1 Mio€) mais qui présente une hausse très claire dès 2024 (3,5 Mio€). Bien que cet éco-régime ait été suivi par un nombre limité d'exploitations, environ 50 % d'entre elles sont spécialisées en grandes cultures et perçoivent un montant moyen de 3 000 €, soit le montant le plus élevé. Ces exploitations ainsi que celles combinant les cultures et les bovins appliquent cet éco-régime sur environ 5 % de leur SAU contre 1 à 2 % pour les exploitations spécialisées en bovins.
- Soutien couplé
En 2024, 52 Mio€ ont été consacrés au soutien couplé, dont 85 % sont alloués pour les vaches viandeuses. Environ 260 000 d’entre-elles ont reçu une aide, contre 95 000 laitières et 23 000 vaches mixtes.
En plus de l’aide aux bovins, il existe d’autres variantes plus marginales. Il s’agit de l’aide aux cultures de protéines végétales (légumineuses, soja, etc.) et aux ovins. Pour la première, un montant de 1,2 Mio€, soit 2 % du total de cette aide, a été alloué. Ce chiffre, bien que modeste, témoigne d’un effort pour encourager la diversification des cultures et réduire la dépendance aux importations de protéines. Il concerne 465 exploitations, un nombre plus élevé que celui des bénéficiaires du soutien aux brebis, qui est de 364 pour un montant d’environ 960 000 €. Le taux d’adhésion à ces deux mesures est relativement faible.
Les exploitations détenant des vaches viandeuses bénéficient d’un soutien plus élevé par animal et d’un plafond d’éligibilité supérieur que celles détenant des vaches laitières, ce qui favorise le secteur viandeux en Wallonie.
- Paiement jeune
Le paiement jeune a comptabilisé environ 720 demandes éligibles dont 270 nouveaux bénéficiaires pour un montant de 6,5 Mio€.
Les exploitations spécialisées en bovins laitiers reçoivent le montant moyen plus élevé traduisant une proportion plus importante de bénéficiaires. A l’inverse, les exploitations spécialisées en bovins viandeux affichent non seulement le taux de pénétration le plus bas (et par conséquent le montant le plus bas) mais également la plus faible évolution entre 2022 et 2023. Alors qu’elles étaient à un niveau similaire aux grandes cultures en 2022, elles sont en dernière position en 2024. Les nouveaux installés, ont en effet, moins tendance à s’installer dans des exploitations spécialisées en bovins viandeux.Deuxième pilier – interventions liées à la surface
En 2024, les paiements du deuxième pilier s’élèvent à environ 57 Mio€, un montant stable par rapport à 2023. Cependant, des modifications ont été observées pour les différentes aides :
- Agriculture biologique : -4% par rapport à 2023, avec une surface éligible en légère diminution.
- MAEC : +5% grâce à un meilleur taux d’adhésion (50% en 2024 contre 45% en 2023 pour les exploitations professionnelles).
- Natura 2000 & IZCN : stables.
Montant alloué pour les mesures du deuxième pilier
Bien que le budget global reste stable, de grandes différences sont observées entre OTE :
- Les exploitations spécialisées en grandes cultures reçoivent le moins d’aides par exploitation (4 000 €). Cependant, ce montant est supérieur à celui de 2023. En effet, ce type d’exploitation s’est davantage tourné vers les MAEC (+30 %) afin de compenser, en partie, les impacts subis à la suite des modifications apportées par le nouvelle PAC (réduction de 21 % des aides du premier pilier).
- Les exploitations spécialisées en bovins viandeux reçoivent un montant d’aides de 7 100 €, soit le plus important. Elles se caractérisent par des aides à l'agriculture biologique importantes, en augmentation par rapport à 2023, soit une tendance inverse aux autres orientations.
- Mesures agro-environnementales et climatiques [MAEC]
Dans le cadre de la nouvelle PAC, sept MAEC ont été reconduites. Environ une exploitation sur deux a activé au moins une MAEC. En 2024, le montant perçu concerne à la fois les mesures nouvellement activées mais également celles activées lors de l'ancienne programmation (55 % des paiements totaux des MAEC, soit 22,5 Mio€).
Ce sont les exploitations spécialisées en grandes cultures qui ont perçu la majorité des aides, soit environ 40 %, mais ces dernières sont composées pour près de 60 % d’anciennes MAEC. A l’inverse, l’origine des MAEC payées aux exploitations spécialisées en bovins proviennent principalement des nouvelles MAEC.
- Aides à l’agriculture biologique
En 2024, l’aide allouée à l’agriculture biologique s’élève à 21 Mio€. Par rapport à 2023 — année où elle constituait la part la plus importante du deuxième pilier — le montant global a diminué de 5 %, conséquence directe d’une réduction de 2 % de la SAU éligible à cette mesure.
Les montants octroyés par exploitation varient de 13 000 à 16 000 €. Le taux d’adhésion varie fortement selon le type d’exploitation :- 7 % pour les exploitations spécialisées en grandes cultures ou celles qui combine cultures et bovins.
- 21 % pour les exploitations spécialisées en bovins laitiers.
Ces taux de pénétration reflètent les difficultés spécifiques rencontrées par les exploitations de grandes cultures pour se convertir à l’agriculture biologique. En effet, les rendements en grandes cultures biologiques sont généralement plus instables et variables d’une année à l’autre, ce qui peut freiner la décision de conversion. Cette volatilité accrue, liée notamment à la gestion des adventices sans herbicides et à la dépendance aux conditions climatiques, rend la transition vers la production biologique plus risquée et moins prévisible que pour d’autres types de production.
Par ailleurs, les données indiquent qu'en 2024, les exploitations en conversion axées sur l'horticulture et les grandes cultures sont proportionnellement plus présentes que dans la population agricole déjà engagée en production biologique. Ces observations suggèrent que le secteur biologique wallon connaîtra une évolution significative au cours des prochaines années.
- Indemnités dans les zones soumises à des contraintes naturelles et spécifiques
Environ 5 200 exploitations ont bénéficié du paiement en faveur des zones soumises à des contraintes naturelles ou spécifiques pour un montant de 8,4 Mio€.
Etant donné le caractère herbager quasiment obligatoire de ces zones, les exploitations sont principalement spécialisées en bovins et plus particulièrement en bovins viandeux. La répartition ainsi que le montant payé n’ont pas évolué de manière significative avec le changement de PAC.
- Natura 2000
Environ 1 900 exploitations ont bénéficié du paiement en zone Natura 2000 pour un montant total de 5,2 Mio€, soit une diminution de 20 % par rapport à la PAC précédente. Cette baisse résulte d’un changement de stratégie : les unités de gestion 5 (UG5), correspondant à des prairies intensives à intérêt écologique mineur servant de zones de liaison entre habitats, sont désormais financées par l’éco-régime « maillage écologique » et non plus par le budget alloué aux zones Natura 2000.
La présence de parcelles en zone Natura 2000 influence le choix des aides par les exploitations, surtout celles avec prairies. Cela se traduit par une hausse de la demande pour certaines interventions, notamment l’activation de la MAEC « Prairie à haute valeur biologique » dans les zones contraintes, où le cahier des charges est négocié entre l’agriculteur et l’expert désigné. Beaucoup activent aussi la MAEC « Autonomie fourragère », rendue possible par le cheptel adapté, ce qui permet de cumuler cette intervention avec l’ER Prairies permanentes.